Ramuntcho
J'entre, l'air absent, comme presque toujours
et je lui demande sans la regarder:
- Y a-t-il de l'eau de toilette pour femme? Elle sourit,
et dans son regard je note, distrait, comme un lac dans la brume.
Elle manipule des parfums, mélange des odeurs
comme toute femme experte dans ce métier.
Peu importe la marque: un arôme suave.
Pas agressif : parce que le parfum est quelque chose
qui tient de la peau de l'ange.
Pas de rythme dans les mots. Tout rougit
comme les feux dans une rue le vendredi.
Je ne veux pas en imprégner ma peau et elle s'offre
en bonne employée. Elle me fait sentir son poignet,
ensuite sa main gauche. En dépose un autre sur le bras,
me dit d'attendre. J'attends. Elle me donne le feu vert.
Machinalement elle extrait de la vitrine
un très beau flacon et mentionne que c'est une eau des plus
chères.
Presse avec douceur le bouchon de ses ongles peints en rose
et parfume son cou. Elle m'invite à humer tout près de
son visage.
Je ferme les yeux et tout mon corps vibre, s'électrise.
Elle s'en est rendue compte et sourit. Me dit d'attendre
et m'invite à nouveau.
Mon sang cogne dans mes tempes.
Et je remarque avec stupeur qu'elle aussi ferme les yeux.
Nous sommes des étrangers dans cette parfumerie.
Et elle sait parfaitement que ce parfum est destiné à une
autre femme.
Elle me parle savourant les mots,
affine sa diction, elle est troublée.
Finalement, je choisis le parfum qu'elle m'avait conseillé au
début.
Elle porte une mini-jupe,
des chaussures à talons, des bas de soie
et un cardigan en angora qui vous invite
à caresser sans honte ses seins.
Elle se retourne, glisse
et sort au bout du comptoir. Me regarde fixement
une fois puis encore. Finalement près de la caisse,
elle se baisse pour prendre une poche.
Accroupie, sa silhouette est réduite à ses cuisses nues
à peine vêtues de ses bas clairs.
Au fond de l'abîme apparaît
son mont de Vénus: tout son sexe palpitant.
Je frémis, elle me regarde. Elle comprend
et sourit condescendante, avec gentillesse sans doute.
Au bout de quelques instants qui semblent une éternité,
elle se redresse, la poche et le parfum
dans les mains. Elle l'enveloppe
lentement, savourant chaque instant
comme si elle essayait d'arrêter le temps.
Papier-cadeau, ruban rouge. Toute une éternité de
désirs inassouvis.
Elle me fixe :
Et le parfum de ses cuisses se grave dans mon corps pour toujours.
© Antonio
Rodríguez Jiménez
Extrait du n°
283 "Enfin,
Séville ! Anthologie
de textes d'Antonio Rodriguez Jimenez" de la revue
d'édition Encres Vives
- Texte traduit par Simone Saltre.
Le titre La
parfumeuse est un ajout de ma part.