POESIE EROTIQUE
et autres amusements
Alain Le Pourhiet
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Alain Le Pourhiet est un auteur iconoclaste : récits, théâtre, poésie, travaux scientifiques, réflexions, photographie... égrainent, entre autres, son site riche en surprises, art et culture.

La pièce Le Grand Inquisiteur a particulièrement retenu mon attention. Une oeuvre réjouissante où le burlesque le dispute à l'érudition et à l'érotisme paillard. Avis aux éditeurs, cette pièce originale mériterait d'être publiée !

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Le Grand Inquisiteur

Scène 6 - extrait

*

Pour régler les détails quelquefois minuscules
Qui font la poésie, j’ai une clavicule
Au cerveau moi aussi, au fond d’un pédoncule
Qu’un lutin vert habite et qu’il immatricule.

À te répondre, aïeul, c’est pourquoi on m’accule,
Et pour ne point paraître lâche ou ridicule
Il me faut ériger de ces vers l’édicule.
Ô chère poésie que le grivois macule !

1) Au faux Hercule

Ami, si tu te perds au sombre crépuscule
Et te comptes soudain deux plus deux testicules,
La grappe  — et puis l’ivresse  — au rêve s’articule,
Tu vois là ta fortune écrite en majuscules.

Râ lui-même, crois-tu, jalouse les facules
Dont brillent, comme des soleils, tes follicules.
Pluriel, tu ris de nos singuliers utricules
Évoquant des dindons la piètre caroncule.

Sur cette parité, rare donc, tu spécules ;
Mais quand du fils de Zeus tu prends le matricule,
Clystéric vient et dit : « Va donc ! hé, l’homoncule,
Quatre boules ne sont un attribut d’Hercule ! »

Et lors pelotant mieux tes altiers réticules,
Les caressant ainsi que deux animalcules,
Tu trouves un contraste entre leurs cuticules :
« Oh ! quoi ! l’une est ténue et l’autre est duriuscule ! »

Hélas ! c’est un faiseur de mots qui t’inocule
Les vers qu’à ton rond dos, poète, il éjacule,
Et la verve bientôt que son art véhicule
Mollit, et donc adieu tes quatre tubercules ! (*)

Rendons hommage, ami, lorsque l’esprit recule,
À la rime qu’il laisse à ton fier monticule,
Et puis, tel un bouquet te fleurissant l’oscule,
Aux joyeux calembours que le potache écule.

2) Au poète Clystéric lui-même

Clystéric, à ta bourse il n’est de funicule,
Et d’elle débordant ce n’est pas le pécule
D’un rimailleur de cour (flatteur de particules)
Qui coule, ni un suc amer de vésicule,

Mais un flot de semence où chaque molécule
Est un germe latent de verte renoncule ;
Tout bon moine paillard, au creux de sa cuculle,
À vêpres rêvassant, couve un tel corpuscule.

Farceurs, vous débitez à vos conventicules
Des kyrielles de pieds en guise d’indicule,
Comme les arpenteurs qui du mont Janicule
En pieds aussi mesurent le perpendicule.

Un troubadour pochard déploie sa tentacule
Verbeuse au mastroquet ; soulevé l’opercule
De son chef, on verrait ses vers en panicules
Dans un pinard pompé d’allègres ventricules.

Ici pas de mordant, ni croc, ni denticule,
Mais des hymnes brûlants ! Voici l’adminicule
D’un talent qui jaillit de mille craticules,
Prémisse d’une littéraire canicule.

Bah ! Fi donc des pudeurs que la muse bouscule !
Qu’importe le bon goût que sa plume émascule !
Sur les feuillets mutins d’un profane opuscule
Nous lisons les quatrains qu’elle assemble et calcule.

De Clystéric on sait l’idéal fascicule
Dont telle page ici sous le manteau circule,
Celle où le quatuor (eh oui ! qui gesticule)
Dans un bon rire enfin nous cueille et nous bascule.



(*) Nota botanica. On connaît la fécule
Des blonds topinambours séchés en pellicules.
C’est pour la rime aussi que certains pédicules
S’en donnent à cœur joie avec les radicules.




in Le Grand Inquisiteur de Dagobert de La Butte aux Piles,
texte revu et corrigé par Alain Le Pourhiet et Hilare Poilaunet
© tout droit de reproduction interdit sans l'accord de l'auteur






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