La Veine bleue
Ton bleu est celui du
regard des anges. Pas de celui de Reims ! Celui d’un ange annonciateur
de volupté nouvelle.
Ton bleu à la sonorité du ciel, de l’air.
Ton bleu est celui de Delft. Celui des porcelaines chéries par
Vermeer.
Ou encore celui d’un monochrome de Klein.
On s’y noie. On s’y perd. Mer de vagues masculines, ressac
d’océan pas du tout pacifique.
Lagon soudain gonflé du mugissement fertile, tu t’emplies du
lapis liquide de l’envie.
Torrent tempétueux, tu t’entortilles sur la péninsule qui
s’avance. Lacet animal d’azur, tu rampes en tricotant des
méandres vineux grimpant jusqu’au sommet.
Autrefois petit vaisseau calme et fin, tu conduis maintenant la vie au
bord de l’explosion.
Veinarde amante, je te suis de mon doigt, de ma langue.
Tu fais la circulation, belle veine d’outremer, et tu mènes vers
cette ville rose où je vais m’attarder. J’y jouerai de son frein
sans jamais ralentir, enroberai son dôme de toutes mes liqueurs
et la ferai briller pendant de belles heures telle la prune
sucrée au soleil de l’été.