Le bijou
Par
l’entrebâillement de la porte, m’est apparue,
l’abandonnée. Dans la lumière dorée, elle m’a
offert ses blondeurs parfumées, assise, ou plutôt semi
couchée, sur le petit canapé de satin rose,
Napoléon III.
Ses bras reposaient déployés, de chaque côté
sur les accoudoirs capitonnés, ailes fragiles vers un envol
d’abandon. Ses paumes, ouvertes, cherchaient à recueillir
l’instant, la magie suspendue, les mille et une particules quasi
invisibles, flottant dans l’espace autour d’elle, entre elle et moi.
Ses doigts se crispaient, attrapaient l’air.
Au creux de ses poignets, palpitait un flux souterrain, bleuté
et tendre, un soir brumeux sur la campagne flamande. La vie.
Sa tête était renversée. J’entrevoyais, en contre
plongée, ses longs cils, maquillés, crêpe noir de
sa raison. Une trace sale, coulait sur sa joue.
Au plus haut de son visage, tendue vers le plafond, sa bouche
entrouverte offrait des rondeurs de grenade prête à
exploser sous un soleil trop fort. Elle luisait dans la
pénombre, et laissait s’échapper de rapides filets d’air.
Elle haletait.
Sur ses seins lourds et pleins, les aréoles violines s’agitaient
de soubresauts qu’accompagnaient les spasmes de son ventre. Les muscles
s’y entrechoquaient, dessinant, en d’ondulantes contractions, une danse
de dunes sur sa peau tendue.
Elle avait écarté les jambes et coincé les talons
de ses escarpins dans les pieds du canapé.
Je ne voyais pas son sexe ; elle l’avait caché derrière
une coquille d’or, retenue autour des hanches par un lacet de satin
noir. Métal contre peau nue.
Le coquillage se poursuivait en elle par une forme
pénétrante dorée, elle aussi. Métal contre
peau.
Nue.
Les particules continuaient de danser dans l’air au-dessus d’elle.
Peu à peu, son souffle s’est ralenti. Le calme a gagné
son ventre.
Elle a secoué la tête, tendant encore plus son cou vers
l’arrière.
Elle s’est étirée, comme un chat.
Je l’ai laissée, silencieusement. Seul mon regard est
resté avec elle.
Les particules retombaient sur son corps.