La Belle endormie
Il fait si calme ! Je
viens de pleurer, fondre de tendresse en contemplant le corps
alangui de ma belle endormie. J'ai peur ! c'est trop beau, c'est
trop fort ! Je la regarde respirer, elle est si belle. J'arrive
pas à croire que c'est pour moi qu'elle est là, que
ce sont ses mains que je sens encore au plus profond de moi !
Je voudrais que tout s'arrête ! Oui, j'ai peur de me
réveiller d'un rêve immérité,
trop beau…
(...)
Je la regarde, elle a la
bouche légèrement entrouverte ; ses
lèvres charnues, légèrement humides, se
souviennent de nos baisers si récents ; son souffle, si
paisible à présent, si différent de
nos halètements nocturnes, s'échappe en petits
sifflements à peine audibles. Je la contemple, celle qui
donne un sens à ma vie, celle pour qui mon cœur bat, qui
m'a ressuscitée, qui m'habite et me hante à jamais.
J'ose à peine caresser sa longue chevelure toute en
désordre de crainte de réveiller l'ange qui
sommeille. Son admirable visage s'appuie avec tant de
grâce nonchalante sur sa main alanguie, cette main
qui, il y à peine quelques heures, a su me prodiguer tant
de bonheur, me donner tant de plaisir. Je tremble de
reconnaissance, je vibre de bonheur, je pleure l'angoisse de la
perdre, je frémis de la joie d'exister par toi, pour toi,
mon amour, si farouche et si tendre, mon amazone si altière
et si fragile, ma maîtresse si exigeante et si
généreuse. Tu vas te réveiller
bientôt, tes paupières vont se soulever lentement et
la première image que tu recevras en ce nouvel
éveil sera celle de l'amour le plus tendre, celui que tu
as su si bien inspirer et qui est là, pour toi. Mes yeux,
noyés dans l'océan de ton regard te diront cela
bien mieux que les pauvres mots que j'ai réunis ici en une
dérisoire tentative de traduire l'ineffable.