Tes mains d’horloger
Longues et fines, intensément suggestives.
Je les regarde avec envie, les désire avec force.
J’écoute leurs
mouvements,
les épie dans le moindre détail.
J’imagine les caresses qu’elles pourraient me faire,
le plaisir qu’elles pourraient me donner.
C’est affreux le supplice que tes mains me font subir,
à rester sages, presque à m’ignorer.
Je rêve de toucher, sucer chacune de tes phalanges.
De les soumettre à mon plaisir,
de les guider sur mon corps,
les perdre dans mon
écrin.
Parce que tu es
Maître horloger,
j’imagine la précision de tes gestes,
la dextérité de tes doigts,
à ouvrir et réparer ces
complications.
Moi aussi, je voudrais être une de ces ״précieuses״.
Cher docteur des
montres, de ces
mouvements subtils
qui marquent le temps avec précision .
A trop espérer, trop attendre,
mon
balancier n’
oscille plus,
mon
rochet * se grippe.
Du coup, ma
trotteuse ne trotte plus
et mon
ressort s’épuise.
Ouvre-moi, mets ta loupe sur ton œil et examine-moi.
Laisse tes doigts me défaire, me fouiller,
me
tester, m’assembler à nouveau.
Ajuste-moi par ton savoir-faire.
Ne te presse pas, tu es le maître du temps.
Le mien s’est arrêté, à trop rêver de tes doigts.
Attends, attends, pas si vite,
je suis une
complication compliquée.
Regarde comme mes
aiguilles s’affolent
quand tes mains s’approchent.
Regarde comme mon
cadran se déchaîne,
vois comme ma
chaîne se tend.
Prends ton temps mon beau docteur, prends ton temps.
Fais celui qui hésite. Tâte, titille,
visse et
dévisse.
Emboîte et retire, fais tout ce que tu veux,
mais fais-le lentement.
Oh ! comme c’était bon !
Tu m’as
armée à nouveau,
remontée.
Tes doigts si agiles m’ont réparée, déjà !
Tu sais, docteur des montres,
Je suis malicieusement étourdie et maladroite.
Je vais sûrement me recasser bientôt.
J’aime trop quand tu me défais, me fouilles,
me
testes et me
rhabilles !!!
* petite roue dentée