La nuit se trame,
la nuit s'entame
La nuit m'accroche, la nuit s'ébauche
Le jour expire, la nuit m'inspire
Et dans ma nuit il n'y a que toi
Du crépuscule s'exhale l'odeur têtue du mâle
grisante comme un manège qui s'emballe
Ta peau est tout un parfum dont jamais je ne me lasse, là
où passe ton désir je le suis à la trace
Senteur indiscrète des ébats pénètre les
draps, j'y enfouirai mon nez demain, possédée du
manque de toi pour y retrouver un peu du plaisir qui fut, beaucoup de
toi
Assez tôt le matin viendra nous séparer, mirage de plaisir
trop vite évaporé
Dans les lueurs du couchant rejoignons à la hâte les
altitudes insensées de notre Olympe secret
où nous sommes nos propres dieux, où je Règne sur
toi, où tu règnes sur moi
Allons viens, quittons la terre et son agitation, vivons en insulaires,
retrouvons notre asile de chair, paysage d'intimité infinie
Conjuguons nos appétits nocturnes dans des postures
indécentes, des emboîtements éhontés
Car tout n'est sur notre île qu'avalanche de péchés
sous laquelle impuissants on ne peut que succomber
Le vertige est mon emblème quand j'envisage ton corps, sa
nudité crue, étourdie je m'arrime en toi, je m'agrippe
à tes yeux, à leur pupilles dilatées par des
éclats lubriques
Laisse ta convoitise sur moi se promener, elle prendra des chemins
déroutants, trouvera des havres de luxure où le temps
d'une nuit elle voudra s'exiler, en revenant frustrée,
fébrile, pressée d'y retourner
Tourmente moi, brusque moi, renverse moi à l'envers à
l'endroit, à l'envers à l'endroit, prends les pleins
pouvoirs, ma soumission en offrande, les bras en croix je me plie
à ta douce dictature
La victime est consentante, sous tes mains inquisitrices la torture est
si pure
Dans ma toison tu peux paître et te repaître, tu peux ce
que tu veux
Baptise-la à ta guise : Figue, pâquerette, fontaine,
porcelaine, berlingot
Viens, comble le vide qui habite tes mains,
Va, fais claquer tes paumes, mes hanches tiens les bien
Tressaillent et tressautent mes rondeurs
Va et viens, suis ton instinct, ta vocation première
Honore et perpétue, écris la tâche originelle
En lettres lactescentes de sperme sur mes seins
Va et viens, tu connais mieux que moi mes propres profondeurs
Afflue au centre, fouille mon ventre
Amortie tes désirs aux confins de mes reins
Va et viens, cherche ta délivrance
notre extase doublée d'avoir tant patienté