Cannibale
On est deux,
On se déssappe,
On se couche sur le duvet,
On se pelote,
On se palpe,
On est au chaud mais c'est tout frais,
Lutte aérienne, corps qui se frôlent
Souffle de l'air et plâne et vente
Sexes gonflés montent, s'affolent.
Doigts s'égaillant à l'entrefesses,
Trouvent l'orée du trou et forcent
L'étoile béant sous les caresses,
Commencent alors les sensations,
Au long du cou,
Au long du dos,
Plisse-frissonne le frippon,
Vibre le corps, vibre la peau,
Les dents mordillent un téton,
Un bouche-à-bouche,
Brasse-salives,
Un serpent glisse à l'interstice,
Force un passage,
Sente feuillue entre les cuisses,
Abîme au nœud pas du tout sage,
Qui bruine-goutte la bordure,
Et mouille d'huiles parfumées,
Au musc entêtant de souillure.
On se déchire,
On se recolle,
On se cheville corps à corps,
Et on s'envole...
Soudé...
Scellé...
Plaqué...
Encastré.
Et on jouit...
Abasourdi...
Qu'on puisse,
Ainsi, aimer...
Comme ça...?
Pareils aux hommes cannibales,
Gorgés des chairs de l'autre.