Deux belles
s’étaient baisées...
Le poète berger, témoin jaloux
de leurs caresses, chanta ainsi :
Que les deux oiseaux blancs [...]
L’une a dit à sa sœur :
« Ma sœur… en un tel lieu croissent l’orge et le millet…
L’autour et l’oiseleur.
Viens je te choisirai moi-même les grains que tu aimes
et mon bec s’entrelacera dans [le] tien… »
L’autre a dit à sa sœur : « Ma sœur… une fontaine
Coule dans le bosquet [...]
L’oie ni le canard n’en ont jamais souillé les eaux, ni leurs
cris…
Viens… Nous y trouverons une boisson pure
Et nous y baignerons notre tête et nos ailes…
et mon bec ira polir ton plumage. »
Elles vont… Elles se promènent en roucoulant au bord de l’eau…
Elles boivent, se baignent, mangent ; puis sur un rameau leurs
becs s’entrelacent, elles se polissent leur plumage l’une à
l’autre.
Le voyageur…
« Que les deux beaux oiseaux, les colombes fidèles,
Se baisent. Pour s’aimer les Dieux les firent belles.
Sur leur tête mobile, un cou blanc, délicat
Se plie, et de la neige effacerait l’éclat.
Leur voix est pure et tendre, et leur âme innocente,
Leurs yeux doux et sereins, leur bouche caressante. »
[...]
Le voyageur, passant en ces fraîches campagnes,
Dit : « Ô les beaux ramiers ! ô les belles compagnes
! »
Il s’arrêta longtemps à contempler leurs jeux.
Puis, reprenant sa route et les suivant des yeux,
Dit : « Baisez, baisez-vous, colombes innocentes,
Vos cœurs sont doux et purs et vos voix caressantes ;
Sur votre aimable tête, un cou blanc, délicat,
Se plie, et de la neige effacerait l’éclat. »
in Oeuvres complètes (Ed.
Renduel et Charpentier, 1833)