POESIE EROTIQUE
et autres amusements
André Chénier - Ébauche d'élégies saphiques
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V


Viens me trouver. Je languis, je sèche, je meurs d’impatiente. Toute seule sur mon lit dans cette belle matinée… Ah ! où es-tu ?... Peut-être dans ce moment tu es dans les bras de ton époux. Peut-être dans ses mains dures il ose presser tous ces charmes où mes baisers
Ont empreint tant de fois mes lèvres enflammées…
O ma jeune souveraine, ne te laisse jamais approcher à des hommes. Ils sont laids, mal faits, grossiers, ils ont le corps couvert de poils, ils n’ont point de contours gracieux… Viens, viens trouver la belle Sappho… Seule ici, je me regarde dans la glace qui est dans mon lit. Vois comme je suis belle… J’ai telle et telle forme… comme toi… et mes mains potelées, douces, délicates sont faites plutôt que les mains dures des hommes pour caresser nos membres doux et délicats… Mais tu ne viens point… Ah !
J’aime à me souvenir du temps de notre enfance,
Quand élevées ensemble nous imitions nos maîtresses d’écoles et [mot en ancien grec non transcriptible]. Tu étais déjà charmante… Ta petite figure enfantine… Mais depuis ce temps, tes tétons se sont embellis… Tes hanches ont grossi… Une jolie toison est venue. Ta bouche a appris quels baisers elle peut donner… Tes yeux ont appris à… à se tremper d’amour… Ah ! viens, viens, (répéter les vers du commencement), je languis… jam totis resoluta medullis.

Il faut l’appeler Cydno, candida Cydno. C’était une maîtresse de Sappho.



NB : Gilbert Lely se serait inspiré de cette élégie pour son Sappho à Cyndo

*


VI



O ma jeune souveraine, te portes-tu bien ?... Le sommeil… Seras-tu bien fraîche pour la délicieuse orgie de ce soir ?... Nul homme ne sera admis à ce mystère… Une telle… Une telle… etc… Toutes belles… nous serons dans le pavillon dans un beau jardin

L’ambre des douces fleurs, les jaillissantes eaux…

l’appartement bien parfumé… Après un bain de parfums… nous nous mettrons toutes nues… Nous verrons des beautés divines et innombrables… Mais si je te vois sous les baisers d’une autre… les yeux trop enivrés de plaisir… je m’élancerai, j’irai t’enlever par tes beaux flancs et ma main donnera bien fort le fouet à tes belles fesses pour te punir d’oublier que c’est moi qui t’aime et d’oser être si heureuse avec d’autres que moi.






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