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à la liste "18è siècle"
Sans se pouvoir parler même des yeux,
On se parle, on se voit. Leur coeur ingénieux
Donne à tout une voix entendue et muette.
Tout de leurs doux pensers est le doux interprète.
Désirs, crainte, serments, caresse, injure, pleurs,
Leurs dons savent tout dire ; ils s’écrivent des fleurs.
Par la tulipe ardente une flamme est jurée ;
L’amarante immortelle atteste sa durée ;
L’oeillet gronde une belle ; un lis vient l’apaiser.
L’iris est un soupir ; la rose est un baiser.
C’est ainsi chaque jour qu’une sultane heureuse
Lit en bouquet la lettre odorante, amoureuse.
Elle pare son sein de soupirs et de voeux ;
Et des billets d’amour embaument ses cheveux.
*
Sur sa lèvre de rose et d'amour parfumée
Cueillir la douce fleur d'une haleine embaumée.
*
in Poésies de Chénier - L'art d'aimer (Ed. Le Livre Club du Libraire, 1957 - p. 253-255)