2.
(...)
Lourdes
comme des ventres d'abeilles, comme le vent paresseux, comme le
souvenir, comme la couleur de l'orage, comme les yeux clairs, comme une
promesse qui sera tenue.
Gonflées de lait, de miel et de suc. Le lait d'en haut,
crémeux, pour apaiser les oursons voraces et téteurs. Le
lait du milieu, le meilleur, entre les crevasse un peu roses, un peu
mauves, un peu brunes.
Juste une petite giclée d'opale liquide, envoyée
par un invisible compte-gouttes. Un peu fade (prends ton fade, Sophie),
mais revigoré par le poivre et l'anchois de la vulve. On en
broutait des tonnes, en direct, avec une paille, ou à la petite
cuiller.
Et elle rue, en dessus, geint, délire, vous encourage,
secoue ses teignes de désespoir. Vous, la tête à
l'étau, brouteur patient, le groin dans la truffe au parfum
jamais mis en flacon, vous méprisez votre propre plaisir : c'est
le sien qui compte. Catcheuse ruisselante, elle va vous
étrangler d'un ciseau de ses cuisses. Vous haletez, tout
à votre besogne salée, artisan des basses régions.
Soudain elle desserre l'étau, apaise sa houle, éteint ses
grognements ; vous émergez, la trogne luisante, sans autre
contentement que de la savoir rassasiée.
(...)
Lourdes, et lentes. Prenant bien leur temps pour reluire et faire
reluire. Nourrices, mères, soeurs. Pleines de lait, de
sécrétions, d'organes mous. Les autres, les maigres, les
rapides, retournez à vos enfers étroits.
Germaine était lourde, lente.