Née
de parents riches et nobles, Anne De Marquets se destine à
être religieuse de l’Ordre de Saint Dominique dans un
monastère à Poissy où elle passa toute sa vie.
Ses
Sonnets, prières et devises
(1562) font suite au Colloque de Poissy qui tenta, sans y
réussir, de réconcilier catholiques et protestants. Son
recueil vise les huguenots et connut un franc succès. Forte de
l’admiration de Dorat et
Ronsard,
notamment, Anne De Marquets récidive tranquillement par un
nouveau coup d’éclat (1568) : une traduction des vers
latins de Flaminius auxquels elle joignit des poèmes personnels
(cantiques) qui la classent parmi les poètes de la
Contre-Réforme et où elle montre un certain
féminisme, mesuré toutefois, en prenant parfois à
partie l'orthodoxie catholique et les misogynes.
Devenue aveugle à cinquante-trois ans, Anne de Marquets ne fut
plus en état d’enseigner ou de militer. Mais elle dicta
encore plus de trois cent cinquante
Sonnets spirituels,
petits tableaux moralisateurs inspirés par des scènes de
la Bible ou des Évangiles et célébrant les
fêtes et les saisons de l'année chrétienne
(publication posthume en 1605).
Lève-toi promptement, m'amour, ma toute belle
Disait Dieu à la Vierge en ses divins écrits,
Je suis de ta beauté divinement épris,
Hâte-toi de venir, ma douce colombelle.
La terre reverdit et prend robe nouvelle,
Produisant maintes fleurs de valeur et de prix ;
Jà la pluie et l'hiver ennuyant les esprits
Sont passés, et voici le temps qui renouvelle.
Ce pluvieux hiver, c'était l'antique loi,
Ce gracieux printemps, c'est la grâce et la foi,
Que les fleurs de vertu ont fait partout reluire :
Desquelles a été ornée excellement
Celle que le grand Dieu a chéri tellemment
Que pour épouse et mère il la voulut élire.