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à la liste "20è siècle"
Antonin Artaud, Antoine de
son prénom de naissante, ou Momo le poète,
romancier, acteur, dessinateur et dramaturge. Inventeur du concept du
« théâtre de la cruauté », Artaud aura
tenté de transformer de fond en comble la littérature en
général : « là où d'autres proposent
des œuvres, je ne prétends pas autre chose que de montrer
mon esprit » (L'Ombilic des limbes), et non la
lettre ou la mise en scène.
Son père était capitaine au long cours, sa mère
originaire de la bourgeoisie turque. Dès l’enfance, il
souffre de maux de tête chroniques, qu'il combattra plus tard par
de constantes injections de médications et drogues diverses. Son
éducation religieuse chez les pères maristes lui
apportera une forte connaissance de la théologie catholique qui
rejoint sa douleur créatrice. Il manifeste un goût pour le grec, le latin et l'histoire ancienne. À quatorze ans, il découvre Baudelaire.
En 1920, il arrive à Paris et se met à écrire. Il
rencontre Lugné-Poë, directeur du Théâtre de
l'Œuvre, connu pour son entêtement à
représenter les œuvres d'auteurs avant-gardistes peu ou
pas connus, à l’époque, comme Maurice Maeterlinck, Alfred Jarry, Oscar Wilde….
En 1924, André Breton confie au poète la direction de la Centrale du bureau des recherches surréalistes.
Au cours de cette période, il écrit des scénarios
de films et des poèmes en prose, et plusieurs textes sont
publiés par le groupe surréaliste, qu’il
quittera en 1926 en refusant d’adhérer au PC. Alors,
il fonde, avec l'aide matérielle de son psychanalyste
René Allendy (qui fut, en passant, l’amant d’Anaïs Nin…), le Théâtre Alfred Jarry
qui a pour objectif non de jouer des pièces mais de faire
advenir « tout ce qu'il y a d'obscur dans l'esprit, d'enfoui,
d'irrévélé», quête d'un
théâtre du rêve et du grotesque, du risque et de la
mise en danger.
Puis, déçu par le théâtre (on refuse de
jouer ses pièces), Artaud s'attaque au cinéma. Il
rencontre Abel Gance avec qui il sympathise au grand étonnement
de l'entourage du cinéaste réputé d'accès
difficile. Artaud acteur, avec plus ou moins de bonheur (Fait divers, court-métrage de Claude Autant-Lara et... Surcouf, le roi des corsaires de Luitz-Morat ) et Artaud scénariste : « rejoindre le cinéma avec la réalité intime du cerveau », un seul scénario tourné... Nouvelle déception.
Artaud part pour le Mexique (1936), se rend à cheval chez
les Tarahumaras pour être initié aux rites du soleil et du
peyotl, plante hallucinogène. Un an plus tard il est
arrêté à Dublin, pour vagabondage et troubles
à l'ordre public, puis rapatrié en France, interné
des hôpitaux psychiatriques dont il ne sortira que 9 ans plus
tard (1946), après avoir subit plus de 50 électrochocs !
Pendant les deux dernières années de sa vie brisée, capitale de la douleur comme dirait Eluard, il écrit, dessine (autoportraits, portraits de ses amis...) frénétiquement,
devant l'urgence de la mort, sur plus de 400 cahiers d'écolier.
Mais avant de tirer révérence (1947) il se livre, seul, au
Théâtre du Vieux-Colombier assailli par 900 personnes du
Tout-Paris littéraire et artistique, pour 3 heures d’Artaud le Momo. Puis, il enregistre un texte pour la radio : Pour en finir avec le Jugement de dieu , interdit il passera pour la première fois sur les ondes en 1973...
« De continuer à / faire de moi / cet envoûté éternel »
En savoir plus : Bibliographie
Multimédias (textes, visuels, sons...) : Amis d'arts - Doc'Martine
La nuit opère
Dans les outres des draps gonflés
Où la nuit entière respire,
Le poète sent ses cheveux
Grandir et se multiplier.
Sur tous les comptoirs de la terre
Montent des verres déracinés,
Le poète sent sa pensée
Et son sexe l'abandonner.
Car ici la vie est en cause
Et le ventre de la pensée;
Les bouteilles heurtent les crânes
De l'aérienne assemblée.
Le Verbe pousse du sommeil
Comme une fleur ou comme un verre
Plein de formes et de fumées.
Le verre et le ventre se heurtent,
La vie est claire
Dans les crânes vitrifiés.
L'aréopage ardent des poètes
S'assemble autour du tapis vert
Le vide tourne.
La vie traverse la pensée
Du poète aux cheveux épais.
Dans la rue rien qu'une fenêtre,
Les cartes battent;
Dans la fenêtre la femme au sexe
Met son ventre en délibéré.
in revue Le Disque vert (n° 3 - 1925)
Reproduit dans
L'ombillic des Limbes suivi de Le Pèse-nerfs et autres textes
(Ed. Gallimard, 1977 - p. 186)
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