POESIE EROTIQUE
et autres amusements
Beaumarchais (1732 - 1799)
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Ecrivain, dramaturge, musicien, éditeur, inventeur, politicien, révolutionnaire, espion… Beaumarchais fut l’une des figures emblématiques du Siècle des Lumières.

Né Pierre Augustin Caron dans une ambiance familiale partagée entre la littérature et la musique, il apprend très tôt l'horlogerie, le métier de son père, et débute par l'invention de l’échappement à hampe pour les montres. Il est aussi l’inventeur d’un mécanisme de perfectionnement destiné aux pédales de harpes.

Il se marie en 1756 avec Madelaine-Catherine Aubertin, veuve de presque dix ans son aînée ; celle-ci décède un an plus tard. On le soupçonne de l’avoir tuée et c’est l’occasion du premier de la longue suite de procès et de scandales qui devaient marquer son existence. Il prends son nom, Beaumarchais, d’une terre qu’elle lui a laissé.

Son sens de l’intrigue et des affaires, son pouvoir de séduction, lui permettent de gagner les faveurs de la Cour. Il devient en 1759 professeur de harpe des filles de Louis XV et se lie d’amitié avec le financier de la Cour, se lançant dans des spéculations qui font sa fortune en peu de temps. Patronné par le Prince De Conti, il commence à écrire des farces pour des théâtres privés..

En 1768, il épouse une nouvelle veuve, Geneviève-Madeleine Wattebled, qui décède en 1770, à 39 ans, lui laissant un fils mais aussi une importante fortune, ce qui le fait accuser de détournement d’héritage.

En 1774, il fait la connaissance de Marie-Thérèse Willermaulaz (cette fois 20 ans plus jeune que lui  et qui ne décèdera qu’en 1816...) qui devient sa troisième épouse en 1786. C’est l’époque où il est chargé de diverses missions par le Roi, missions qui le conduisent un peu partout en Europe et dont sa plume compose des aventures picaresques.

Il se lance ensuite dans une nouvelle aventure en se faisant l’avocat de l’intervention française dans la guerre d'indépendance des États-Unis d'Amérique où il défend la cause des Insurgés et s’enrichit en leur vendant armes et munitions.

Il se fait en même temps une grande réputation dans le monde par ses factums, mémoires judiciaires pleins de malice et d’intérêts, et par des pièces de théâtre pleines de verve et d’originalité qui font tout deux sont succès. Il donne la première édition des œuvres de Voltaire qui seront imprimées de 1783 à 1790 à Kiel (Allemagne) pour éviter la censure française.

C’est à son initiative qu’est fondée en 1777 (année de naissance de sa fille, Amélie-Eugénie) la Société des auteurs et compositeurs dramatiques et qui permet d’obtenir, à la Révolution, la reconnaissance des droits d'auteur, tournant décisif de l’histoire de la littérature. En 1790, il est nommé membre provisoire de la Commune de Paris. Mais il quitte bientôt les affaires publiques pour se livrer à de nouvelles spéculations ; moins heureux cette fois, il se ruine presque en voulant fournir des armes aux troupes de la république. Il devient suspect et est emprisonné sous la Terreur. Il échappe cependant à l’échafaud et se tient
caché quelques années, pendant lesquelles il écrit ses Mémoires, chef-d’œuvre pamphlétaire.

Ses œuvres les plus connues sont les pièces de théâtre : le Barbier de Séville (1775), le Mariage de Figaro (1784), Tarare (1787) et la Mère coupable (1792).






L'épouse à la mode

- Chanson sur l'air : Tôt, tôt, tôt, battez chaud ! -



La jeune Elvire, à quatorze ans,
Livrée à des goûts innocents,
Voit, sans en deviner l'usage,
Eclore ses appas naissants ;
Mais l'amour, effleurant ses sens,
Lui dérobe un premier hommage :
Un soupir
Vient d'ouvrir
Au plaisir
Le passage ;
Un songe a percé le nuage.


Lindor, épris de sa beauté,
Se déclare ; il est écouté :
D'un songe, d'une vaine image,
Lindor est la réalité ;
Le sein d'Elvire est agité,
Le trouble a couvert son visage.
Quel moment
Si l'amant,
Plus ardent
Ou moins sage
Pouvait hasarder davantage !


Mais quel transport vient la saisir !
Cet objet d'un premier désir,
Qu'avec rougeur elle envisage,
Est l'époux qu'on doit lui choisir ;
On les unit :
Dieux ! quel plaisir !
Elvire en fournit plus d'un gage.
Les ardeurs,
Les langueurs,
Les fureurs,
Tout présage
Qu'on veut un époux sans partage.


Dans le monde, un essaim flatteur
Vivement agite son cœur ;
Lindor est devenu volage,
Lindor méconnaît son bonheur.
Elvire a fait choix d'un vengeur ;
Il la prévient, il l'encourage :
Vengez-vous ;
Il est doux,
Quand l'époux
Se dégage,
Qu'un amant répare l'outrage.


Voilà l'outrage réparé ;
Son cœur n'est que plus altéré
Des plaisirs le fréquent usage
Rend son désir immodéré ;
Son regard fixe et déclaré
A tout amant tient ce langage
Dès ce soir,
Si l'espoir
De m'avoir
Vous engage,
Venez, je reçois votre hommage.


Elle épuise tous les excès ;
Mais, au milieu de ses succès,
L'époux meurt, et, pour héritage,
Laisse des dettes, des procès.
Un vieux traitant demande accès :
L'or accompagne son message...
Ce coup d'œil
Est l'écueil
Ou l'orgueil
Fait naufrage :
Un écrin consomme l'ouvrage.


Dans ce fatal abus du temps
Elle a consumé son printemps ;
La coquette d'un certain âge
N'a plus d'amis, n'a plus d'amants :
En vain, de quelques jeunes gens
Elle ébauche l'apprentissage ;
Tout est dit,
L'amour fuit,
On en rit :
Quel dommage !...
Elvire, il fallait être sage.



in Choix de Chansons Galantes d'Autrefois, par Paul Marion (Ed. H. Daragon, 1911)




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