Pierre De
Bourdeille, Abbé et Seigneur de Brantôme, est né
d’une famille noble du Périgord. Il passe son enfance
à la cour de Marguerite de Valois, sœur de François
Ier, sa mère, Anne De Vivone, étant demoiselle d'honneur.
Après la mort de la Reine, en 1549, il fut envoyé
à Paris poursuivre ses études qu’il termine
à Poitiers en 1555. Épris d'aventure, il entame ensuite
une carrière militaire, jusqu’en 1574, guerroyant et
voyageant beaucoup en Europe.
Alors qu’il partait proposer ses services à la cour
d'Espagne, une mauvaise chute de cheval le contraint à une
retraite forcée à partir de 1584 dans son abbaye
bénédictine, obtenue dès 1554 en remerciement de
services rendus à Henri II. Loin des vacarmes de la guerre et
des intrigues galantes, c’est là qu’il acheva ses
écrits : La Vie des grands capitaines, Rodomontades espagnoles et ses Mémoires dont la partie intitulée Vies des Dames Galantes
l’ a rendu célèbre. Ses écrits (chroniques,
récits de voyages et de guerre, biographies…) ne furent
édités qu'en 1655 pour la première fois, mais dans
une édition imparfaite et incorrecte. Il faut attendre 1927 pour
une première édition intégrale de ses
poésies, moins connues.
*
"Toute belle femme s'étant une fois essayée au jeu d'amour ne le désapprend jamais."
(in Vies des dames galantes)
Etourneau, je ne puis aimer une pucelle
Qui, faiblette, ne peut encor le joug porter,
Et, farouche, ne veut le taureau supporter,
Quant, quelques fois, il veut s'ébaudir avec elle.
J'aime bien celle-là qu'après sa fleur nouvelle,
Sur l'âge de vingt ans, est prête de dompter,
Et se laisse aisément à son ami monter,
Sans ployer au fardeau, ni sans être rebelle.
Etourneau, dîtes moi, qui à telles amours
Ne peut-il finir heureusement ses jours ?
L'autre n'est point Amour que d'une étrange sorte :
Voilà pourquoi je veux retirer mon amour
D'un raisin qui est vert, en attendant qu'un jour,
Possible plus mûri l'Automne me l'apporte.
in Recueil d'aucunes rimes de mes jeunes amours (Ed. G. Briffaut, 1927)