Faribole
Nous
sommes en l'an général 2498, antédiluvien. Le
chant des soucoupes lunaires bruit dans la nuit. Nous sommes au cycle
douze des nuits rose pâle, l'air est sucré. Les libellules
translucides s'accouplent dans les champs magnétiques et si par
hasard vous aviez mal au crâne, un cristal dilué dans un
fluide éthéré vous soulagerait aussitôt !
La vallée extérieure est paisible, tous les signaux
ronronnent. Le phare central est couché comme un homme de
pierre. Chaque dôme est silencieux et chaque note de ce silence
se transforme en bulle de feu dans mon aquarium.
Je rève mes poissons de ce soir, rouge et or avec des
crêtes noires, des machoires de lumière et d'autres en
formes serpentines, volées d'éclats bleus et verts. La
vie s'agite dans l'eau vive, explose en multiformes.
Je caresse mon amnat et console mon amie, je leur porte en
pensées des langages fleuris, des flammes de réconfort. A
lui, les longues impulsions, le courant psychique. A elle, les ondes de
tendresse, la main qui secourt, l'impalpable qui peut entourer
l'âme pour la faire revivre.
Voici mon chat, précieuse présence chaude et
musquée. L'or doux et chatoyant de la lune sur sa nuit de
fourrure étoilée.
Appels des grenouilles invisibles, muscles tendus sous le caoutchouc
vert, qui crient l'amour et le plaisir brut. Les feuilles grasses et
brillantes de ces plantes venues de Vénus, chuchotent sous ma
fenêtre.
Tout est bien dans le meilleur des mondes...
Octobre 1994.
in Fragments de tout & de rien (Ed. Clapàs - p. 24)