À Rufus
Ne
t'étonne plus, Rufus, qu'aucune femme se refuse à
étendre sous ton corps la douceur de ses cuisses, même si
tu la tentes par le don d'une robe rare ou l'appât d'une pierre
à l'eau limpide !
C'est qu'il court sur ton compte un bruit qui te fait beaucoup de tort
: on dit que sous tes aisselles habite un affreux bouc. Voilà ce
que redoutent toutes les femmes : rien d'étonnant, car le bouc
est une fort vilaine bête qu'une jolie femme n'aime pas à
trouver dans son lit. Ainsi donc, ô Rufus, ou détruis
cette peste cruelle pour les narines, ou cesse de t'étonner que
toutes les femmes te fuient.
Traduction de M. Rat, Catulle -
Oeuvres, Paris, 1931