POESIE EROTIQUE
et autres amusements
Charles Timoléon de Beauxoncles - Satyre

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Satyre.
Contre une dame sale



L'autre jour, étant chez Silvie,
Il me prit une telle envie
De m'amuser pour un moment,
Qu'aussitôt je troussais la dame,
Et, la nommant ma divine âme,
Je mis mon cas (1) dans son devant.

Or, dans la première décharge,
Trouvant l'ouverture trop large,
Il me vint un remords cuisant.
Mais, Dieux ! quelle fut ma surprise
Quand j'aperçus que ma chemise
Etait une boette (2) d'onguent !

A cet aspect, sans rien lui dire,
En quatre sauts je me retire,
Et, fermant la porte après moi
Avec une vitesse extrème ;
Sans pouvoir rentrer en moi-même,
Je revins chez nous plein d'effroi.

Jamais plus je ne m'y engage,
Quand j'en devrais crever de rage
Par les appétits provoqués,
Ou pourrir comme les citrouilles,
La semence dedans les couilles,
Par trop de foutre suffoqué !

Qu'on me châtre, qu'on me chapponne (3),
Non, mon ami ! qu'on m'escouillonne,
Ainsi qu'un homme de néant !
Qu'on me coupe les triquebilles (4),
Si jamais je trempe mes quilles
En lieu si sale et si puant !

Ce n'était que boue amassée
Dessus sa cuisse hérissée,
Comme en ces fleuves dévoyés
Où l'écume en cent lieux bouillonne,
Et du foutre qui l'environne
Cent mille Amours étaient noyés.

Quelques uns, se sauvant à peine,
En nageant perdaient tout haleine,
Se dépétrant, comme un oiseau
Pris à la glu dans un boccage,
Ou comme une troupe volage
De papillons tombés en l'eau.

Seulement la troupe indiscrète
De morpions faisant retraite,
Ce boueux déluge esoigant,
Avaient esquivé sa venue,
Et, sur une motte velue,
S'allaient l'un l'autre besognant.

Les rides de sa penillere (5)
Leur servaient comme de barrière,
Où ils s'allaient entrechoquant ;
Venus, qui vit cette canaille,
Tirant son fils de la bataille,
S'enfuit au Ciel en se moquant.

Au bas du ventre, large et courbe,
On voyait branler, par la bourbe (6),
Quelques poils rarement plantés,
Comme joncs dans un marécage,
Qui étaient d'un venteux orage
De pets sans relâche éventés.

Les aines, de foutre relantes (7),
Exhalaient des vapeurs puantes,
Peste des sens envenimés,
Plait au Ciel que, contre nature,
Pour éviter cette aventure,
J'eusse été sans vit et sans nez.

Foutre ! je crève quand j'y pense,
Je perds le coeur et la puissance,
De corps et d'âme tout perclus (8) ;
Non, mon ami, qu'on me chapponne,
Qu'on me châtre, je le pardonne,
Si jamais j'y retourne plus !

- 1618 -


(1) pénis
(2) appât mis à l'hameçon - du breton "boued" : nourriture, pâture
(3) dérivé de chapon - châtrer un jeune coq.
(4) testicule
(5) de "panilière", muscle du pubis
(6) boue épaisse
(7) moisissure
(8) fermés



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