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Claude D’Esternod - L’antimariage...
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L’antimariage d’un cousin et d’une cousine de Paris



Vous épousez donc ce fantôme,
Fondée sur un axiome
Que chair du cul n'a point de sens,
Que le sang, ni le parentage,
N'altèrent point un mariage,
Si vous faites quelques présents ?

Ne doutez plus de la dispense ;
Autorisez tôt votre offence,
Vos patentes ont eu leur sceau ;
Pendez, mon fils, pendez, ma fille,
Quatre jambons à la cheville
Qui est sous un ventre de veau.

Mais, pour tronçonner votre lance,
Un petit cas de conscience
Je viderai sur le bureau,
Et prouverai, en Philosophe,
Qu'un inceste de telle étoffe
Est pire que tout un bordeau

Je me porte bien, je demande,
Tant j'ai la bedaine friande,
Ne plus ne moins qu'au carnaval,
Manger la chair tout le carême ;
L'on le permet, mais à moi-même
Le jugement, si je faIS mal.

L'intention un chacun juge.
Si c'était après le déluge,
Si vous étiez Eve et Adam,
Je vous dirais : "Plus je n'en gronde,
Ne laissez point faillir le monde,
Ma cruelle, poussez dedans !"

Mais à cette heure, que nous sommes
Et tant de femmes et tant d'hommes !
Alliez-vous à vos amis ;
N'allons chercher, Nerons sévères.
Contre le ventre de nos mères,
Un inceste qui n'est permis.

Un bon chien couche avec sa mère.
Avec sa sœur, avec son frère,
Mais, le chétif ! il n'en sait rien ;
Moy, qui ai l'âme raisonnable,
Si je commets chose semblable
Ne suis-je pas pire que chien ?

Ha ! si j'étais que de vos pères
Vous marcheriez tous en galères,
Et, pour ôter un tel abus,
A l'heure de vos épousailles,
Je vous ferais châtrer, canailles !
Auprès du cul, tout rasibus.

Lors, petit foireux Misantrope,
Petit modèle d'un Esope, (1)
Vous ne seriez plus amoureux ;
Au lieu d'un mignon de couchette,
Vous serviriez d'un estaphette. (2)
Ou d'un portier dans les Chartreux.

Vous seriez, toute vôtre vie,
Dans les sérails de la Turquie,
Un Enuque sans magasin ;
Vous garderiez la jalousie,
Vous seriez un cheval d'Hongrie,
Et non pas un petit Roussin. (3)

Encor, ce que plus je déteste,
C'est qu'ils disent : « Bran (4) pour l'inceste !
Sont des contes pour rêvasser ;
Le péché est si près des fesses
Que seulement deux bonnes vesses (5)
Nous suffiront pour l'effacer ;

"Pour augmenter le parentage,
Il se faut joindre d'avantage :
Le sang en sera plus épais."
Vôtre esprit serait assez souple,
Incestueux et maudit couple,
Si le grand Dieu était niais !

Mais ce Dieu a des Commissaires,
Esbières (6), bourreaux, et Notaires,
Qui, vous faisant vôtre procès.
Ne vous feront plus belle aumône,
Sinon que chez Messer Plutone (7)
Ils puniront tous ces excès.

Gardez donc cette tache d'huile ;
Sur vôtre chef (8) tombe la tuile ;
Vous ferez un monstre d'enfant,
Qui portera yeux de chouette,
Pieds de lézard, cul de levrette,
Gorge de loup, nez d'éléphant.

Velu ainsi que la pelisse,
Il rampera en écrevisse,
Il grunnira comme un pourceau,
Crotté ainsi qu'une gamache, (9)
II pleurera comme une vache,
Et puis rira tout comme un veau.

Si, au moins, comme la vipère,
En naissant il tuait sa mère,
Vous ne verriez pas vos malheurs,
Ni montrer, dans un jeu de paume
D'un Bateleur, maître Guillaume,
Ce monstre, né de deux pécheurs.

Mais ce qui plus me fait vous plaindre.
Le diable est fin : il est à craindre
Que l'avorton incestueux,
Après avoir tué son père,
Ne veuille encor baiser sa mère :
Une poule fait bien deux œux !

Je fremis, je pleure, je tremble,
Je vais le trot, le galop, l'amble, (10)
Las ! en changeant de qualité,
Ayant grand peur que, de poète,
Je ne chante, comm' un prophète,
Pour des fables la vérité.

Que le sabat ne le permette ;
Sorcier, nouez votre éguillette, (11)
Commandez que ce limaçon
Se retire dans sa coquille,
Et que ce fin manche d'étrille (12)
Devienne froid comm' un glaçon.

Las! que s’il fait le chic chac,
Son bagage soit mol et flasque
Comme un gant qui n'a point de main,
Et qu'il ait moins de furie
Qu'une vieille pomme pourrie
Pour canonner un mur d'airain !

Aimez-vous ce muet idole,
Ce petit moucheron d'école,
Ce marmouset et ce grimau ?
L'aimez-vous bien, ce beau bardache ? (13)
Ah ! vous avez des yeux de vache,
Si vous aimez des yeux de veau !

Quand est de moi, si j'étais fille,
Que ma graisse, comme à l'anguille,
Par la queue ne coulât pas,
Fut-il un Empereur de Romme,
J'aimerois-mieux avoir un homme
Que quatre cents mille ducas !

Que la veille de vôtre noce
Soit l'avant-jour de vôtre fosse !
Et si vivez un an entier,
Que viviez en telles détresses
Que n'ayez, pour boucher vos fesses,
Quatre fueillets de bon papier !

Prodige ! aImer sa cousine !
Où est la vengeance divine ?
Puisque vous vous dites Docteur,
Je jure, sur vos écritoires,
Que vos livres n'ont point d'histoires
Pour y fournir quelque bonheur.

Baldus, Cujas, Jason, Bartole, (14)
Et tous ces vieux pédants d'école,
Le droit Canon, le droit Civil,
Considérant un tel inceste,
Mettront au bas de la requête
Pour un fiat un beau nichil(15)

Pour ce péché, que je déplore,
Abîma Sodome et Gomorre ;
Est-il honnête qu'un parent
Dessus sa parente se vautre,
Comme on entasse l'un sur l'autre
Dans une cacque les harengs ?

Si jamais l'Antéchrist arrive,
11 naîtra, dit-on, d'une Juive,
D'une Nonain, d'un Turlupin ;
Moi, au contraire, je me pense
Que l'Antéchrist prendra naissance
D'une cousine et d'un cousin.

La douleur tue ma parole,
Mais le démon qui me console,
Parmi la rage et le dépit,
C'est qu'un jour, étant misérable,
Vous vous direz : "De par le diable,
La Satyre l'avait bien dit !"




(1) Esope fut un esclave affranchi qui avait semble-t-il la particularité d'être très laid 
(2) voiture ?
(3) bourricot
(4) merde
(5) pets odorants et sans bruits
(6) sbire
(7) Monsieur Pluton
(8) Tête
(9) sur-chaussure de toile
(10) allure de marche
(11) cordon qui sert à attacher le pantalon
(12) sexe masculin
(13) jeune homosexuel
(14) références à
des  juristes italiens et français : Baldus de Ubaldis (1324-1400), Jacques Cujas (1520-1590), Jason de Mayno (1435-1519) et Bartolus de Saxoferrato (1313-1356)
(15) Pour un fait un beau quelque chose



in L’Espadon satyrique, Lyon 1619 - rééd. Fernand Fleuret et Louis Perceau, Paris, Librairie du bon vieux temps, 1922, p. 37.


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