Cher Vigeon*, que ta mort
me va causer de peines,
Qu’un vit est malheureux d'arcer (1) dans un pays
Où l’on punit du feu ces nobles appétits
Qui ne sont condamnés que chez les souveraines.
Ordonnez pour le moins aux femmes d’être saines,
Juges, si vous prenez quelque pitié des vits,
Ou faites que les cons deviennent plus petits,
Et qu’ils soient désormais sans fleurs ni mal-semaines. (2)
Bougres, qui l’avez vu, sans l’oser secourir,
En chemise, tout nu, dans la Grève périr,
Qui pouvait arrêter votre fureur lubrique ?
En lieu de lui chanter tristement un salvé, (3)
Vous deviez sur son feu venir branler la pique
Les armes à la main, sans doute, on l’eût sauvé.
*
en 1645, le maître d’école Vigeon fut
brûlé vif pour crime de sodomie.
> Sur le même thème, lire Blot et Le
Petit
(1) bander
(2)
menstrues
(3)
prière en l'honneur de la Vierge
in La
Muse lascive -
Anthologie de la
poésie érotique et pornographique française
(1560-1660) - Ed. José
Corti, 2007