Pour Annie
(...)
Ah ! et que jamais on ne dise - sottement - que ma chambre est obscure,
ni étroit mon lit ; car homme n'a jamais dormi dans un lit
différent - et, pour dormir, vous aurez juste à
sommeiller dans un tel lit.
Mon esprit à la Tantale ici se repose agréablement,
oubliant ou ne regrettant jamais ses roses - ses vieilles agitations de
myrtes et de roses :
Car voici que, tout en gisant dans sa quiétude, il imagine une
odeur plus sainte, alentour, de violettes - une odeur de romarin,
entremêlé avec les violettes - avec de la rue et les
belles violettes puritaines.
Il gît ainsi, heureusement, baigné - par maint songe de la
constance et de la beauté d'Annie - noyé dans un bain des
tresses d'Annie.
Tendrement elle m'embrassa : affectueusement me caressa, et je tombai
alors doucement pour dormir sur son sein - dormir profondément
à cause des cieux de son sein.
A l'extinction de la lumière, elle me couvrit chaudement et elle
pria les anges de me garder de tout mal - la reine des anges de me
parer de tout mal.
(...)
Traduction par Stéphane
Mallarmé
For Annie
(...)
But ah! let it never
Be foolishly said
That my room it is gloomy
And narrow my bed;
For man never slept
In a different bed --
And, to sleep, you must slumber
In just such a bed.
My tantalized spirit
Here blandly reposes,
Forgetting, or never
Regretting, its roses --
Its old agitations
Of myrtles and roses:
For now, while so quietly
Lying, it fancies
A holier odor
About it, of pansies --
A rosemary odor,
Commingled with pansies --
With rue and the beautiful
Puritan pansies.
And so it lies happily,
Bathing in many
A dream of the truth
And the beauty of Annie --
Drowned in a bath
Of the tresses of Annie.
She tenderly kissed me,
She fondly caressed,
And then I fell gently
To sleep on her breast --
Deeply to sleep
From the heaven of her breast.
When the light was extinguished,
She covered me warm,
And she prayed to the angels
To keep me from harm --
To the queen of the angels
To shield me from harm.