Madame, c'est à vous à qui premièrement
J'ai voué mon esprit, et ma voix, et mon âme,
A qui j'offre ces vers, que d'une sainte flamme
Amour même inspira à maint et maint amant.
Vous lirez sous le nom de quelque autre comment
L'amour de vos beaux yeux la poitrine m'enflamme ;
Vous verrez sous le nom d'une autre belle Dame
De vos rares beautés le plus riche ornement.
Que si mon amour n'est par eux bien peint encore,
Que si votre beauté assez ne s'y décore,
Excusez : car Amour n'a peu si ardemment
Qu'à moi ardre
* leur cœur d'un sujet si louable :
Il ne fut donc Dame, il ne fut donc Amant,
A vous de la beauté, d'amour à moi semblable.
* brûle
in L'amour obscur (choix de poèmes par R. Melançon, Ed. Orphée, 1991 - p.33)
Une note dans l'édition Les Amours et autres poésies (Bibliothèque Internationale - E. Sansot & C) précise : "Selon
nous, ce n'est point à une seule, mais à deux femmes que
Jodelle prodigua les ardeurs de sa flamme poétique. (...) L'une
et l'autre furent les épouses d'un homme qui eut, grâce
à ses origines, quelque célébrité en son
temps. Il se nommait Jean, baron d'Annebaut, de Retz et de la
Hunaudaye." - Les deux femmes en question seraient : Antoinette De La Baume-Montrevel et Claude-Catherine De Clermont.