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J’ai mon mari qui se rigole
De moi, et s’en va jardinant (1)
Avec mainte femme folle,
Chaque jour, ou le plus souvent,
Et ne me tient pas bien couvent, (2)
Mais me sert d'étrange langage ;
Et puisqu'il me fait tel outrage,
Je lui ferai, sans jardiner,
Avoir cocu en son ménage,
Si j'en puis nullement finer. (3)
Car j'ai assez qui m'en école (4)
Et qui ses faits m'est rapportant,
Et comment il baise et accole
Les fillettes, et va donnant
Notre avoir ; telle vie est menant,
Dont il ne fait moi que sage ;
Mais je pourvoirai à ma cage
D'un oisel, pour moi conforter,
Qui appaisera mon courage,
Si j'en puis nullement finer.
Oui, par Dieu ! maint m'en parole
Qui me va coeur et corps offrant ;
Je ne suis ni laide ni molle,
Dont il me dut être laissant ;
J'en trouverai bien pour un cent.
Puisqu'il brise son mariage,
Par Saint Arnoul, aussi ferais-je !
D'autel pain vueil souppes tremper (5)
Et prendra de ce doux ouvrage,
Si j'en puis nullement finer.
Prince amoureux, qui fait tel rage
En amours, si on lui rend tel gage,
Vous n'en devez nullui (6) blamer,
Et pour ce, par mon pucelage,
Prendrai ce bien qui assouage (7),
Si j'en puis nullement finer.
- vers 1390 -
(1) au sens de : faire l'amour
(2) tenir couvent : tenir promesse
(3) si je puis y parvenir de quelque façon que ce soit
(4) apprend
(5)
un pain bénit trempé dans la soupe > à prendre
au figuré (comme l'oiseau dans la cage, à la strophe
précédente), le pain et l'oiseau symbolisant le sexe
masculin, la cage et la soupe le sexe féminin...
(6) personne
(7) soulage
in Oeuvres complètes, Ed.
Firmin Didot, 1889, Tome VI - p. 235-236
NB : à noter que cet auteur a consacré un long
poème (13000 vers, inachevé) aux travers du mariage, sous
le titre Le mirouer du mariage.
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