Cet écrivain est l'une des figures importantes de la littérature du Siècle d'or espagnol.
Il perd son père à l’âge de six ans, sa
mère lui donner la meilleure éducation, malgré la
situation économique difficile dans laquelle la disparition de
son mari a plongé la famille. Il fait de hautes études
(licence en études artistiques en 1600 puis études de
théologie). En 1634, il épouse une veuve, Esperanza de
Mendoza, dont il se sépare un an après leur mariage.
Homme d'action impliqué dans les intrigues les plus importantes
de son temps, Quevedo est reconnu pour sa grande culture, autant que
pour la virulence de ses critiques. Tout au long de sa vie, il aura
connu tour à tour les faveurs royales, puis la disgrâce.
Ses tentatives de participer à la vie politique se soldent par
des échecs, qui lui valent la prison de 1639 à 1643. Sa
santé s’y dégrade, jusqu'à perdre la vue.
Quand il est libéré, c’est un homme affaibli, il se
retire et meurt deux ans plus tard.
Son œuvre littéraire est immense et contradictoire :
burlesque, satirique et populaire mais aussi d’un lyrisme
pessimiste hanté par la mort, ainsi que des textes de morale et
de politique d'une grande profondeur intellectuelle.
Dans le domaine qui nous intéresse, on citera : Sonnets (Ed. José Corti, 2003), Heurs et malheurs du trou du cul ( Ed. Fayard, 2008), Proses festives (Ed. Les fondeurs de brique, 2011) et La poésie amoureuse de Quevedo (par Marie-Linda Ortega, ENS Editions, 1997)
Communication d'amour invisible par les yeux
Si mes paupières, Lisi, étaient des lèvres,
Baisers seraient les rayons visuels
De mes yeux, car aigles immenses ils fixent
Le soleil, et baiseraient plus que verraient.
Tes beautés, avides, ils boiraient,
E tes cristaux, de cristal assoiffés ;
De lumières et d'incendies célestes,
Nourrissant leur mourir, ils vivraient.
Par un commerce invisible entretenues,
Dénudées de leur corps, les faveurs,
Jouiraient mon esprit et mes sens ;
Muettes, se courtiseraient les ardeurs ;
Ils pourraient, séparés, être ensemble,
Et en public, secrets, les amours.
Traduction Frédéric Magne
in Sonnets amoureux, Revue de poésie La Délirante - n°7 : automne 1979 - p. 141