POESIE EROTIQUE
et autres amusements
François-Pierre-Auguste Léger (1766-1823)
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D'abord abbé, puis précepteur, il s'engagea, au début de la Révolution, dans la troupe du Vaudeville, écrivant seul ou avec d'autres auteurs des comédies, opéra-comiques (La Papesse Janne) et autres divertissements... Il co-fonda le Théâtre des Troubadours dont il écrivit le spectacle d'ouverture. L'insuccès de l'entreprise le dégoûta du métier d'acteur et le décida à ne plus s'occuper que de compositions dramatiques. C'est dans une de ses pièces, l'Orphelin et le Curé (1790), que l'on vit pour la première fois le costume ecclésiastique sur les planches.



La petite fille à la noce

Que l'hymen a de douceurs!
Disait à part soi Laurette,
Tout en faisant sa toilette
Pour la noce de sa sœur.
Ce n'est, dit-on, qu'une idole
Qui veut qu'un agneau s'immole
Afin qu'un oiseau s'envole...
Quand je l'aurai, Dieu merci,
Je lui donne ma volée,
Et me fais agneau d'emblée,
Pour que l'on m'immole aussi.


*

La petite fille au salon

Maman, quel petit bouquet
Porte ma sœur sur sa tête,
Pour un si grand jour de fête!
-- Il aura tout son effet;
Cette fleur est un insigne
Qui, pour tous les yeux, désigne
Un fruit mûr, devenu digne
D'être par l'hymen cueilli.
-- Eh bien, maman, je t'assure
Que je me crois assez mûre
Pour être cueillie aussi.

 
*

La petite fille à l'église

Croissez et multipliez,
A dit à ma sœur Lucrèce
Cet abbé qui me confesse...
Eh! quoi, maman, vous riez!...
-- C'est d'une manière expresse
Dire: Croissez en adresse,
Multipliez en sagesse,
Pour plaire à votre mari...
-- Mets-moi, de grâce, en ménage
Je serai sage à la rage
Pour multiplier ainsi.


*

La petite fille de retour

Ah! maman, quels regards doux
Sur ma sœur jette mon frère!
Dans ses bras comme il la serre!
Comme il presse ses genoux!
Sous la main qui le caresse,
Ce n'est point une faiblesse,
Vois-tu comme il se redresse;
Donne-moi vite un mari.
Va, si Dieu lui prête vie,
Bien longtemps j'aurai l'envie
De le redresser ainsi.


*

La petite fille au dessert

Ma sœur rougit, à quoi bon?
C'est de couroux: sous la table
J'aperçois le jeune Amable
Qui lui trousse son jupon.
-- Il lui prend... selon l'usage,
Ce ruban, précieux gage
De son honneur, que partage
Tout garçon siégeant ici.
-- Maman, l'exemple m'invite,
Et je vais grandir bien vite
Pour que l'on me prenne ainsi.


*

La petite fille,
surprise à minuit par sa mère,
regardant par le trou de la serrure de la chambre de sa sœur.

Que vois-je sous les rideaux?
-- Ma fille, ils sont en prière!
-- Mais ma sœur, vois donc, ma mère,
Est à genoux sur le dos.
-- C'est l'ordre de la Genèse,
Femme doit, ne t'en déplaise,
Pour prier être à son aise.
-- Ah! Dieu! que n'ai-je un mari!
Dût-on m'appeler bigote
Je voudrais être dévote,
Pour prier toujours ainsi.

*

La petite fille allait partir,
un soupir lui fait donner un coup d'œil
à travers la serrure
et prêter une oreille attentive.

Maman, vois-les donc tous deux,
Avec quelle ardeur ils prient!
Les entends-tu qui s'écrient:
"Mon amour... je vois... les cieux!"
-- Ils font, la chose est notoire,
Comme un acte méritoire,
L'oraison jaculatoire
Qu'en mon temps j'ai faite aussi.
-- Que je serai fortunée,
Quand, pendant toute l'année,
Je verrai le ciel ainsi.



in Choix de Chansons Galantes d'Autrefois (Paul Marion - 1911)



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