POESIE EROTIQUE
et autres amusements
François Solesmes - Marée (extrait)
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Aussi, avec elle, connaît-il sans mauvaise conscience le singulier bonheur de la passivité, de la démission, que savent goûter les femmes dans l'amour.


Il suffit, comme elle tout à l’heure, de s'étendre jusqu'aux ongles, de fermer les yeux, de s'interdire toute pensée afin de mieux suivre, par l'entremise de ses mains, le chant de l'amoureuse captivée, le monologue de la pâtissière qui a fort à faire. Et que la mer, loin de les éteindre, amplifie l'un et l'autre !... « Fermer les yeux, oui, et résister à l'envie d’élever mes paumes pour que les seins, au-dessus de moi, y déposent leur orgueil. »


Fermer les yeux, mais pas avant qu’il n’ait vu le grain sombre de l’azur se condenser dans le visage qui se penche sur le sien et dont les traits se désassemblent d’être trop proches… Ah, c’est le ciel même, humecté, froncé – et noir comme la mûre – qui vient de s’apposer sur sa bouche, ô griserie d’être à la fois le fruit et les dents qui l’ouvrent, les lèvres qui le goûtent… Comme latent jusqu’ici – à cause des ombres résiduelles d’un vent d’aube ? – un verger de tièdes reine-claudes se révèle, où s’enfoncer en aveugle. Même quand ils seront à demi conscients que de grands lambeaux de ciel, de plage et de mer basculent autour d’eux, ils n’auront désormais de regards que pour le monde liquoreux de plus en plus dense où ils se trouvent aspirés.



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© François Solesmes


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