Bal décadent
Vais m'en aller !
(Tristan Corbière)
C'était une danse
De la décadence.
Comme un menuet
Dolemment fluet.
C'était des chloroses
Et c'était des roses.
On ne sautait pas,
On allait au pas.
Mais les girandoles
Étaient presque folles.
Les lustres flambaient
Et les seins tombaient.
Dans ce flux de monde,
Je vis une blonde,
Aux yeux culottés
Par les voluptés,
En ses airs de morte,
Une vraie Eau-forte.
Ange mal bâti,
Gamin perverti,
Lune blêmissante
Et concupiscente,
Fleur d'opoponax,
Souvenir d'Anthrax,
Blafarde et vermeille.
Très jeune et très vieille,
Elle souriait,
Et m'extasiait :
«Article Paris,
Ta poudre de riz
D'une éteinte flamme
M'auréole l'âme.
Si tes yeux sont verts,
Mon coeur est pervers.
Ta désespérance,
Oh ! quelle attirance !
Laisse-moi t'aimer,
et me consumer !»
Je dis et m'élance.
Mais, motus, silence !
Faut pas s'emballer...
Voici s'en aller
Toute mon essence,
En déliquescence !!
in Les
Déliquescences d'Adoré Floupette... (1885)