Les poèmes de
Mme De Coignard furent publiés par ses filles après sa
mort.
"Les sonnets de la Toulousaine évoquent rarement l’amour profane
; on y voit dénoncées avec un réalisme les
lâchetés de la conscience et du corps.
Est-ce sous l’influence des prédicateurs que Gabrielle de
Coignard insulte la chair ? Toujours est-il que, mystique, les yeux
noyés de larmes, elle ne demande qu’à être
châtiée"
(Jeannine MOULIN, La poésie féminine, Ed. Seghers, 1966)
Perce-moi l'estomac d'une
amoureuse flèche,
Brûle tous mes désirs d'un feu étincelant,
Élève mon esprit d'un désir excellent,
Foudroie de ton bras l'obstacle qui l'empêche.
Si le divin brandon de ta flamme me sèche,
Fais sourdre de mes yeux un fleuve ruisselant :
Qu'au plus profond du coeur je porte recélant,
Des traits de ton amour la gracieuse brèche.
Puisque tu n'es qu'amour, ô douce charité,
Puisque pour trop aimer tu nous as mérité
Tant de biens infinis et d'admirables grâces,
Je te veux supplier par ce puissant effort
De l'amour infini qui t'a causé la mort,
Qu'en tes rêts amoureux mon âme tu enlaces.