La nuit la douce
nuit est si calme ce soir que l'on n'entend que quelques rares
éclatements
Je pense à toi ma panthère bien
panthère oui puisque tu es pour moi tout ce qui est animé
Mais panthère que dis-je non tu es Pan
lui-même sous son aspect femelle
Tu es l'aspect femelle de l'univers vivant c'est
dire que tu es toute la grâce toute la beauté du monde
Tu es plus encore puisque tu es le monde même
l'univers admirable selon la norme de la grâce et de la
beauté
Et plus encore mon amour puisque c'est de toi que le
monde tient cette grâce et cette beauté qui est de toi
O ma chère Déité chère
et farouche intelligence l'univers qui m'est réservé
comme tu m'es réservée
Et ton âme a toutes les beautés de ton
corps puisque c'est par ton corps que m'ont été
immédiatement accessibles les beautés de ton âme
Ton visage les a toutes résumées et
j'imagine les autres une à une et toujours nouvelles
Ainsi qu'elles me seront toujours nouvelles et
toujours toujours plus belles
Ta chevelure si noire soit-elle est la
lumière même
diffusée en rayons si éclatants que
mes yeux ne pouvant la soutenir la voient noire
Grappes de raisins noirs colliers de scorpions
éclos au soleil africain noeuds de couleuvres chéries
Onde ô fontaines ô chevelure ô
voile devant l'inconnaissable ô cheveux
Qu'ai-je à faire autre chose que chanter
aujourd'hui cette adorable végétation de l'univers que tu
es Madeleine
Qu'ai-je à faire autre chose que chanter les
forêts moi qui vis dans la forêt
Arc double des sourcils merveilleuse écriture
sourcils qui contenez tous les signes en votre forme
Boulingrins
* d'un gazon où
l'amour s'accroche
ainsi qu'un clair de lune
Mes désirs en troupeaux interrogatifs
parcourent pour les déchiffrer ces rimes
Ecriture végétale où je lis les
sentences les plus belles de notre vie Madeleine
* Parterre de gazon
Et vous cils roseaux qui vous mirez dans l'eau
profonde et claire de ses regards
Roseaux discrets plus éloquents que les
penseurs humains ô cils penseurs penchés au-dessus des
abîmes
Cils soldats immobiles qui veillez autour des
entonnoirs précieux qu'il faut conquérir
Beaux cils antagonistes antennes du plaisir
fléchettes de la volupté
Cils anges noirs qui adorez sans cesse la
divinité qui se cache dans la retraite mystérieuse de ta
vue mon amour
O touffes des aisselles troublantes plantes des
serres chaudes de notre amour réciproque
Plantes de tous les parfums adorables que distille
ton corps sacré
Stalactites des grottes ombreuses où mon
imagination erre avec délices
Touffes vous n'êtes pas l'arche qui donne le
rire sardonique et fait mourir
Vous êtes l'hellébore
* qui
affole vous
êtes la vanille qui grimpe au parfum tendre
Aisselles dont la mousse retient pour l'exhaler les
plus doux parfums de tous les printemps
* Rose de Noël ou herbe aux fous
Et vous toison agneau noir qu'on immolera au
charmant dieu de notre amour
Toison insolente et si belle qui augmente divinement
ta nudité comme à
Geneviève
de Brabant dans la
forêt
Barbe rieuse du dieu frivole et gracieusement viril
qui est le dieu du grand plaisir
O toison triangle isocèle tu es la
divinité même à trois côtés touffue
innombrable comme elle
O jardin de l'adorable amour
O jardin sous-marin d'algues de coraux et d'oursins
et des désirs arborescents
Oui forêt des désirs qui grandit sans
cesse des abîmes et plus que l'empyrée.