L'amant libre
Solitaires témoins de mon cuisant martyre,
Quand Clarice tenait mon âme dans ses fers ;
Paradis de mes yeux, qui fûtes mes enfers,
Vous m'avez vu pleurer, beaux lieux, voyez moi rire.
Quoi que la fable chante, et quoi qu'on puisse dire,
Que l'Amour, et qu'Hymen gouvernent l'univers ;
Ainsi que leurs esprits, leurs trônes sont divers,
Et ces deux deïtés veulent plus d'un empire.
Si pour gagner Clarice il faut être captif
D'Hymen, de qui je suis l'esclave fugitif,
Je me ris de ses fers, je me ris de ses flammes.
Et dans ma liberté dont j'aime le retour,
Je dis qu'Hymen n'est plus le noeud des belles âmes,
Puis qu'il a délié les noeuds de mon amour.