Désir
Quand éloigné du bruit et des troubles nouveaux,
Pourrai-je avec Cloris au fond de ce bocage,
Tous deux seuls étendus sur les fleurs d'un rivage
Marier mes chansons au murmure des eaux ?
Quand verrais-je ses yeux, qui m'ont fait tant de maux,
Regarder en pitié les fers de mon servage,
Et des traits innocents de leur muet langage
Adoucir mes tourments, et bénir mes travaux ?
Dieux ! Je la vois venir si fière et si cruelle,
Que l'esprit le plus fort tremble autant devant elle,
Que tremblent sous le vent ces feuillages divers.
Loin d'alleger mes maux, ses yeux brûlent mon âme ;
Mais si le feu du ciel doit brûler l'univers,
J'aime autant que Cloris me brûle de sa flamme.