POESIE EROTIQUE
et autres amusements
Guillaume de Loris - Le roman de la Rose
Accueil


Chapitre III

(vers 533 à 612)



Comment Dame Oiseuse fit tant
Qu'elle ouvrit la porte à l'amant.



Maintes fois ma main assidue
Heurta ; puis, l'oreille tendue,
J'écoutai si quelqu'un venait.
Le guichet, qui de charme était,
M'ouvrit une noble pucelle
Qui moult était et gente et belle,
Les cheveux blonds comme un bassin,
La chair plus tendre qu'un poussin,
Bouche petite et mignonnette,
A son menton une fossette,
Le front poli, sourcil arqué,
L'entrecil net et bien marqué,
Petit ni grand, bonne mesure ;
Le nez droit, de gente structure,
Les yeux plus vifs que le faucon
A faire envie à ce fripon ;
L'haleine douce et savourée,
La face blonde et colorée,
De savante proportion
Le col gros et long par raison,
Bouton ni tache, la peau fine ;
N'était jusqu'en la Palestine
Femme au col plus beau, plus luisant,
Ni plus au toucher séduisant.
Elle avait la gorge aussi blanche
Comme est la neige sur la branche
Quand il a fraîchement neigé,
Le corps bien fait et dégagé :
On n'eût su trouver certes guère
Plus beau corps de femme sur terre.

Un frais chapel doré portait ;
Nulle part pucelle n'était
Plus gracieuse et plus jolie ;
Ses charmes toute ma vie
A dépeindre ne suffirait.
Robe élégante la drapait.
Sur son chapel, fraîches écloses,
Courait un chapelet de roses,
En sa main un miroir brillait,
Un riche peigne maintenait,
Surmontant sa riche coiffure,
Les tresses de sa chevelure.
Enfin d'un riche vert de Gans
Était sa cote, et des gants blancs
Gardaient du hâle ses mains blanches ;
A lacets étaient ses deux manches,
Un cordon régnait tout autour.
Bien semblait-elle à son atour
N'être pas trop embesognée ; (1)
Car était faite sa journée
Quant ses cheveux avait peigné,
Paré son corps et atourné.
Bon temps et douce servitude !
Sans souci, sans inquiétude,
Rien ne l'occupait seulement
Que s'atourner moult noblement.

Quand ainsi m'eut ouvert la porte
Du jardin la pucelle accorte,
Je lui dis merci doucement,
Et puis lui demandai comment
Elle avait nom, qui était-elle.
Ne fut pas fière la pucelle
Et répondit incontinent :
« De tous mes intimes vraiment
Je me fais appeler Oiseuse,
Je suis riche, puissante, heureuse ;
Car tout le jour j'ai moult bon temps
Et veille à mes ajustements ;
Quand ma toilette est terminée,
Tout le reste de la journée
Tranquille passe à mon plaisir,
A jouer, à me divertir.
De Déduit (2) suis la bonne amie,
Charmante et douce compagnie


(...)





(1) occupée au travail
(2) du plaisir



Contact
Mes poèmes coquins
Auteurs contemporains
Auteurs anciens
Amateurs éclairés
Anonymes
Chansons érotiques
Citations & Bibliographie
Tantra
Liens

Copyright © Cyr