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Eugène
Guillevic est né à Carnac et bien qu'ayant quitté
très tôt la Bretagne il n'oubliera jamais sa région
natale qu'il célébrera dans ses poèmes (un de ses recueils se nommeCarnac).
Issu d'une famille de paysans et d'artisants, toute l'enfance du
poète se passera sous le signe de la pauvreté. Il confiera plus tard sa souffrance
d'enfant devant un père réputé "coureur de jupons"
et d'une mère "dévote". Il aimera en secret une jeune
fille, Marie-Clothilde, qui mourra à seize ans ; son souvenir le
hantera toute sa vie. Il gardera de ce passé, un
besoin d'affection inassouvie, une
blessure ancrée en lui et trouvera son idéal dans la
poésie qui guérira
ses angoisses. Il écrit de la poésie
dès 14 ans, d'abord à la manière de Musset.
Il commence traducteur de poètes de langue
germanique puis il entre dans l'administration à Paris au
Ministère de l'économie et des Finances où
s'occupera notamment d'aménagement du territoire, thème
qui rejoint sa poésie souvent considérée comme une
"géométrie obsessionnelle".
Il se marie en 1930 avec Lucie Albertini. À partir de 1935, il
rencontre d'autres poètes et artistes dont il devient l'ami : Paul Eluard, Paul Reverdy,
Tardieu, Aragon, Marcel Béalu,
Fernand Léger... Il est cependant à contre-courant de
cette époque à dominante surréaliste, proposant
une "poésie objective" qui utilise les mathématiques et
la géométrie, guidé par cette idée que les
mots habillent l'homme qui sans eux est nu face au monde. Sa
poétique laisse tout de même une place importante aux
sentiments forts et montre un goût certain du mystique et de la
nature.
" Les mots sont des
épées
Contre les ventres des brouillards. "
(in Art poétique)
" Vivre c'est pour apprendre à bien poser sa tête sur un
ventre de femme "
Sympathisant
communiste à partir de la guerre d'Espagne (il quittera le PC en
1980 après l'invasion de l'Afghanistan), il participe dès
1942, avec Eluard, aux publications de la presse clandestine, date
à laquelle il décide de s'appeler Guillevic sans mettre
son prénom devant et publie son premier recueil
Terraqué
qui signifie "terre et eau".
Vont suivre plus d'une trentaine de
recueils de 1947 à 1996 et la reconnaissance (en 1976, il
obtient le Grand Prix de poésie de l'Académie
française et en 1984 le Grand prix national de la poésie)
jusqu'à l'étranger : sa poésie est notamment
accueillie avec enthousiasme en Hongrie dans les années 60 et il
est aujourd'hui l'un des poètes les plus traduits dans le monde,
témoignage de l'intérêt persistant envers ce
poète hors des effets de mode.
Vénus Khoury-Ghata, romancière et
poète contemporain née au Liban, décrit dans son
roman La maison aux orties,
l'homme et sa poésie : "Guillevic, sa stature de menhir, sa voix
rauque et sa douceur. L'ancien fonctionnaire au cadastre sculptait
l'écriture, érigeait le poème en forme de
stèle, donnait corps et âme aux objets. "
Terraque :
terre & eau
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