(...)
Je me perpétuerais et toi, tel un goéland, tu me couperais de ton aile... Comme je t'appartiens !
Tu as le sens des mouvements qui me grisent, et la diction d'un fanal.
Mes flots se teintent. Tu renverses l'azur en moi. Tu jalonnes mon
ventre d'ifs tout allumés. C'est la fête. Je deviens
poreuse. Tu m'échevelles. je t'accompagne. Nous descendons
au ralenti un escalier de pourpre, je me voile dans l'écume, le
vent se lève, tu t'effaces devant les portes, où suis-je ?
Mais tu ne réponds pas, tu m'inspires des flambeaux de passage,
tu déplies soigneusement la volupté, tu détournes
ma soif, tu me prolonges, tu me chrysalides et je suis de nouveau
élue. Alors je danse, je danse, je danse! comme une flamme
debout sur la mer ! les paupières fermées. Ta
patience fait mon bonheur. Je suis nue, j'en ai conscience et je te
remercie parce que la fin de la folie est imprévisible. Tu
échafaudes des merveilles. Tu me crucifies à toi. Le
plaisir est doucement douloureux. Je suis bien.
Laisse-moi te dire : j'ai besoin de me sentir voyagée comme une
femme. Depuis des jours et des nuits, tu me révèles.
Depuis des nuits et des jours, je me préparais à la noce
parfaite. Je suis libre avec ton corps. Je t'aime au fil de mes ongles,
je te dessine. Le coeur te lave. Je t'endimanche. je te filtre dans mes
lèvres. Tu te ramasses entre mes membres. je m'évase. Je
te déchaîne.
(...)
in Les Epiphanies