Iliade, Chant XIV
Elle*
s'en va donc à la chambre que lui a bâtie son fils
Héphaestos. Il a aux montants de la porte adapté de
solides vantaux, munis d'un verrou à secret : nul autre dieu ne
l'ouvre. Aussitôt arrivée, elle ferme les vantaux
éclatants. Avec de l'ambroisie elle efface d'abord de son corps
désirable toutes les souillures. Elle l'oint ensuite avec une
huile grasse, divine et suave, dont le parfum est fait pour elle ;
quand elle l'agite dans le palais de Zeus au seuil de bronze, la
senteur en emplit la terre comme le ciel. Elle en oint son beau corps,
puis peigne ses cheveux de ses propres mains et les tresse en nattes
luisantes, qui pendent, belles et divines, du haut de son front
éternel. Après quoi, elle vêt une robe divine
qu'Athéna a ouvrée et lustrée pour elle, en y
ajoutant nombre d'ornements. Avec des attaches d'or, elle l'agrafe sur
sa gorge. Elle se ceint d'une ceinture qui se pare de cent franges. Aux
lobes percés de ses deux oreilles elle enfonce des boucles,
à trois chatons, à l'aspect granuleux, où
éclate un charme infini. Sa tête enfin, la toute divine la
couvre d'un voile tout beau, tout neuf, blanc comme un soleil. A ses
pieds luisants elle attache de belles sandales. Enfin, quand elle a
ainsi tout autour de son corps disposé toute sa parure, elle
sort de sa chambre.
* il s'agit
d'Héra, la femme de Zeus. A propos d'Héra et Zeus, Chrysippe
de Soli, philosophe grec stoïcien du
IIIè s. av JC, dans son ouvrage Sur les physiologies antiques,
décrivait en 600 vers leurs ébats sexuels... Il n'en
reste malheureusement que de rares fragments.