POESIE EROTIQUE
et autres amusements
Isaac Du Ryer - Abrégé de la vie d'une signalée maquerelle
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Abrégé de la vie d'une signalée maquerelle

(extrait)



L'autre jour, le Gascon, après l'avoir fait boire,
Des filles du métier me fit voir un mémoire,
Dont je fus étonné, car j'en vis au papier
Que je ne pensais pas qui fussent du métier.
Or m'étant informé de celle qui les mène,
La première nommée, ainsi qu'un capitaine,
Dont l'immortel renom vole par l'univers,
Il m'en fit le discours, et le voici en vers,
Que j'ai rendus succints, d'autant que la matière
Mérite qu'on la taise, ou qu'on n'en parle guère.
Sur toutes les putains qui ont le plus branlé,
Dont le cul courageux n'a jamais reculé,
Celle-ci a fait rage et a fait parler d'elle
En qualité de garce et puis de maquerelle,
Subtile, ingénieuse, et qui de cent façons
En l'un et l'autre art inventa des leçons ;
Si bien que qui voudra, soit amant ou maîtresse,
Apprendre à ce métier de nouveaux tours de fesse
Encore plus lascifs que ceux de l'Aretin,
Il faut qu'il aille voir cette docte putain.
Son père et nom Poulain, sa mère Chaude-pisse,
Et celle que l'on prit pour être sa nourrice,
Fut une vielle louve ; et la mère d'amour
La venait visiter cinq ou six fois le jour,
La berçant elle-même ainsi qu'une servante,
Afin qu'au remuement elle devint savante ;
Si bien que n'étant pas à peine hors le berceau
Elle s'alla plonger dans le fond d'un bordeau,
Où se faisant bercer sans cesse à tout le monde
Elle acquit le renom d'une Laïs seconde.
N'étant point de l'humeur de celles de la cour,
Qui dans l'âme brûlant du cruel feu d'amour,
Se plaisent toutefois à user de remises
Avant qu'on en jouisse et qu'on en vienne aux prises.
Pourvu qu'on lui montrât un membre de mulet,
Soit qu'il fût honnête homme, ou bien quelque valet.
On la voyait toujours comme une qui se pâme,
Prête à vous recevoir et prête à rendre l'âme.
En toutes les façons qui se peuvent songer
Pour vous donner plaisir et pour vous soulager,
Elle était souple, agile, et sa mouvante fesse
Fut une fois sans fin qui n'avait point de cesse.
Que si elle manquait quelquefois, c'était lors
Qu'il fallait qu'un barbier en refît les ressorts,
Ou bien qu'il fallait faire en Bavière un voyage,
Tous les mois une fois et non point davantage,
Duquel elle n'était si soudain de retour
Que quelque malheureux y allat à son tour,
Qui avait fraîchement eu affaire avec elle ;
Puis un autre l'allait sortir de sentinelle,
Et puis un autre encor, parce qu'autant de coups
Etaient autant de "Chasse" et de "Souvenez-vous".
Elle continua ce plaisant exercice,
Non point jusques au temps d'un remords de son vice,
Mais jusqu'à ce que l'âge au poil tout argenté,
De son orde luxure eût le cours arrêté.

(...)





in 
Le Parnasse des poètes satyriques (Ed. Passage du nord/ouest, 2002) - p. 201






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