Paralèlles de lune avec femme
La lune et la femme légère,
Ne different pas de beaucoup,
Si l'une est prompte en sa carrière,
L'autre a bientôt frappé son coup.
La lune serait toujours noire
Si le soleil ne la baisait,
Et la femme serait sans gloire
Si l'homme ne la carressait.
Sur les eaux la lune brunette
Etend tout son gouvernement,
La femme régit la brayette (1)
Qui a beaucoup de mouillement.
Pour la nuit la lune est crée,
C'est la nuit que son flambeau luit,
Et la femme qui nous récrée
N'est rien faite que pour la nuit.
Si l'on dit que la lune est celle,
Qui préside aux enchantements,
La femme aussi nous ensorcelle
De ses charmeurs blandissements. (2)
Souvent la lune entre en furie
Jalouse des amours des dieux,
Et la femme par jalousie,
Trouble l'air, la terre, et les cieux.
La lune renverse cruelle
L'esprit léger et vacilant,
Mais il n'est si ferme cervelle
Que la femme n'aille troublant.
Il est bien vrai qu'en contre-échange
Ces deux ne se suivent toujours,
Car tous les mois la lune change,
La femme change tous les jours.
La pleine lune enfle les sources
Et les moelles des os creux :
La femme désenfle nos bourses,
Et vide nos os moelleux.
La lune fidèle n'estime
Qu'Endimion (3) son bel amant,
Mais la femme n'est qu'un abîme
Qui n'a point d'assouvissement.
Si la lune Actéon (4) transforme
En cerf, pour avoir vu son cul,
Il n'y a homme (ô cas énorme)
Que femme ne change en cocu.
Bref, ce qui plante plus de bornes
Ce qui moins les fait rapporter,
C'est que la lune porte cornes :
Et la femme les fait porter.
(1) braguette
(2) flatterie, caresse
(3) amant de Séléné, déesse de la lune, dans la mythologie grecque
(4)
Actéon a surpris la déesse Artémis prenant
son bain. Furieuse et n'ayant pas ses armes à portée,
elle l'a transformé en cerf en l'aspergeant d'eau.
in Le
Banquet des muses - 1623