POESIE EROTIQUE
et autres amusements
Jean Genet (1910 - 1986) 
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De père inconnu, abandonné à la naissance par sa mère, le jeune Jean Genet est envoyé dans une famille adoptive qui lui offre l'éducation communale et un environnement protégé où l'enfant coule des jours heureux. Ses premiers émois masculins remontent à cette époque, en la personne du petit Lou Culafroy  (cf Divine, personnage central et ambivalent de Notre-Dame-des-Fleurs) ainsi que d'hommes plus âgés, braconniers de passage ou marginaux égarés.

Il commet son premier vol à l'âge de 10 ans, acte fondateur d'une antisocialité profonde. Il fugue et, à 13 ans, est séparé d'office de sa famille d'adoption pour suivre une formation de typographe puis enfermé dans la colonie pénitentiaire de Mettray, où se cristallisent ses tentations homosexuelles ainsi que toute la liturgie de domination/soumission qui parcourent ses oeuvres.

Il quitte les lieux à 18 ans pour s'engager dans la légion étrangère. Il découvre pour la première fois l'Afrique du Nord et le Proche-Orient, qui lui laissent une très forte impression. Revenu à Paris et vivant de petits larcins, Genet fréquente plusieurs prisons où, profondément inspiré par Les nourritures terrestres de Gide, il écrit ses premiers poèmes et quelques ébauches de roman sans cesse reprises, refondues, corrigées.

Ses premiers romans et récit poétiques paraissent : Le journal du voleur, Le miracle de la rose, Notre-Dame-des-Fleurs... :  des oeuvres sombres qui sont censurées, car jugées pornographiques, et se distribuent sous le manteau.

Dans Pompes funèbres (1947), il fait la description des plaisirs qu'il éprouve dans l'exercice de la pédophilie,  l'apologie de la Milice et propose une vision homoérotisée d'Hitler. 

Cocteau le sauve de la prison à perpétuité en 1951et Sartre se met à écrire une œuvre sur lui (Saint Genet, comédien et martyr). Genet, au faîte de sa gloire parisienne, fréquente Simone de Beauvoir, Alberto Giacometti, Henri Matisse... Il entame une carrière de dramaturge (Les Nègres, Les Paravents) : précédées par sa réputation et son odeur de scandale, ses pièces sont des succès.

En 1956, il tombe amoureux d'un jeune acrobate de 18 ans Abdallah Bentaga qu'il va aimer passionnément mais ce dernier fragile et instable se suicidera en s'ouvrant les veines en mars 1964.

Abandonnant quelque temps l'écriture, il se consacre à des combats marginaux, souvent d'extrême gauche : s'engage pour le combat de l'amélioration des conditions de vie des travailleurs immigrés en France au coté de Marguerite Duras en 1970, rencontre et soutient les Black Panthers aux États-Unis dans la même période, puis les Palestiniens de l'OLP en 1982.

Sa toxicomanie aux barbituriques mettent à mal son mode de vie d'errance, il habitera cependant jusqu'à sa mort dans des chambres d'hôtel sordides, ne voyageant qu'avec une petite valise remplie de lettres de ses amis et de manuscrits.

L'oeuvre de Genet est pour l'essenciel traversée par la mort, l'érotisme et la perversion. Il peint les domestiques, les homosexuels, les prostituées, les exploités...,  proclame sa solidarité avec "tous les bagnards de sa race", refuse un monde qui l'avait refusé, célébre le Mal et fait "entendre jusqu'à l'insolence un langage vivace et rond, qui prend son bien où il le trouve : dans le fumier comme sur les hauts lieux du lyrisme mystique". 

"les mots se chevauchent comme des bêtes en chaleur
et ce qui sort de notre bouche c'est une partouze de mots qui s'accouplent "
 (in L'Étrange mot d'… - Ed. Tel Quel - 1966)


Liens web :

- Société des Amis et Lecteur de Jean Genet
- Entretien avec Bertrand Poirot-Delpech (1982)
- Son film Un chant d'amour (1950) - format AVI, 269 Mo
- Le tombeau de Jean Genet : poésies de LoLop-Auban



(extraits)

Jean Genet est incarcéré à la centrale de Fresnes, lorsque, à l'automne 1942, son premier poème, Le Condamné à mort, est imprimé à ses frais.

Ce long poème à la mémoire de Maurice pilorge (assassin de 20 ans exécuté à St-Brieuc en 1939) est traversé par deux thèmes sulfureux : la sublimation du criminel prisonnier et les amours homosexuels.

Jean Cocteau écrira dans son Journal : " Pour moi ses poèmes sont le seul grand événement de l'époque. En outre, protégés par l'érotisme (impubliables), ils ne peuvent que se lire en cachette, que se glisser de la main à la main. "

Le Condamné à mort,
lecture de Mouloudji (1952) - format MP3





"Ô viens mon ciel de rose, ô ma corbeille blonde !
Visite dans sa nuit ton condamné à mort."


© Greg Gorman

Extrait de son livre As i see it
(Ed. Daco Verlag)



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