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à la liste "20è siècle"
De père
inconnu, abandonné à la naissance par sa mère, le
jeune Jean Genet est envoyé dans une famille adoptive qui lui
offre l'éducation communale et un environnement
protégé où l'enfant coule des jours heureux. Ses
premiers émois masculins remontent à cette époque,
en la personne du petit Lou Culafroy (cf Divine, personnage
central et ambivalent de Notre-Dame-des-Fleurs)
ainsi que d'hommes plus âgés, braconniers de passage ou
marginaux égarés.
Il commet son premier vol à l'âge de 10
ans, acte fondateur d'une antisocialité profonde. Il fugue et,
à 13 ans, est séparé d'office de sa famille
d'adoption pour suivre une formation de typographe puis enfermé
dans la colonie pénitentiaire de Mettray, où se
cristallisent ses tentations homosexuelles ainsi que toute la liturgie
de domination/soumission qui parcourent ses oeuvres.
Il quitte les lieux à 18 ans pour s'engager
dans la légion étrangère. Il découvre pour
la première fois l'Afrique du Nord et le Proche-Orient, qui lui
laissent une très forte impression. Revenu à Paris et
vivant de petits larcins, Genet fréquente plusieurs prisons
où, profondément inspiré par Les nourritures terrestres de Gide,
il écrit ses premiers poèmes et quelques ébauches
de roman sans cesse reprises, refondues, corrigées.
Ses premiers romans et récit poétiques
paraissent : Le journal du voleur,
Le miracle de la rose, Notre-Dame-des-Fleurs... : des
oeuvres sombres qui sont censurées, car jugées
pornographiques, et se distribuent sous le manteau.
Dans Pompes
funèbres (1947), il fait la description des plaisirs
qu'il éprouve dans l'exercice de la pédophilie,
l'apologie de la Milice et propose une vision
homoérotisée d'Hitler.
Cocteau le sauve de la prison à
perpétuité en 1951et Sartre se met à écrire
une œuvre sur lui (Saint Genet,
comédien et martyr). Genet, au faîte de sa gloire
parisienne, fréquente Simone de Beauvoir, Alberto Giacometti,
Henri Matisse... Il entame une carrière de dramaturge (Les Nègres, Les Paravents) :
précédées par sa réputation et son odeur de
scandale, ses pièces sont des succès.
En 1956, il tombe amoureux d'un jeune acrobate de 18
ans, Abdallah Bentaga, qu'il va aimer passionnément mais ce
dernier fragile et instable se suicidera en s'ouvrant les veines en
mars 1964.
Abandonnant quelque temps l'écriture, il se
consacre à des combats marginaux, souvent d'extrême gauche
: s'engage pour le combat de l'amélioration des conditions de
vie des travailleurs immigrés en France au coté de
Marguerite Duras en 1970, rencontre et soutient les Black Panthers aux
États-Unis dans la même période, puis les
Palestiniens de l'OLP en 1982.
Sa toxicomanie aux barbituriques mettent à
mal son mode de vie d'errance, il habitera cependant jusqu'à sa
mort dans des chambres d'hôtel sordides, ne voyageant qu'avec une
petite valise remplie de lettres de ses amis et de manuscrits.
L'oeuvre de Genet est pour l'essenciel
traversée par la mort, l'érotisme et la
perversion. Il peint les domestiques, les homosexuels,
les prostituées, les exploités..., proclame sa
solidarité avec "tous les bagnards de sa race", refuse un monde
qui l'avait refusé, célébre le Mal et fait
"entendre jusqu'à l'insolence un langage vivace et rond, qui
prend son bien où il le trouve : dans le fumier comme sur les
hauts lieux du lyrisme mystique".
"les mots se
chevauchent comme des bêtes en chaleur
et ce qui sort de notre bouche c'est une partouze de mots qui
s'accouplent "
(in L'Étrange mot d'…
- Ed. Tel Quel - 1966)
(extraits)
Jean Genet est
incarcéré à la centrale de Fresnes, lorsque,
à l'automne 1942, son premier poème, Le Condamné à mort,
est imprimé à ses frais.
Ce long poème à la mémoire de
Maurice pilorge (assassin de 20 ans exécuté à
St-Brieuc en 1939) est traversé par deux thèmes sulfureux
: la sublimation du criminel prisonnier et les amours homosexuels.
Jean Cocteau écrira dans son Journal : " Pour moi ses
poèmes sont le seul grand événement de
l'époque. En outre, protégés par l'érotisme
(impubliables), ils ne peuvent que se lire en cachette, que se glisser
de la main à la main. "
*
"Ô viens mon ciel de rose, ô ma
corbeille blonde !
Visite dans sa nuit ton condamné à mort."

© Greg Gorman
Extrait de son livre As i see it
(Ed. Daco Verlag)
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