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à la liste "18è siècle"
Jean-Joseph
Vadé monte à Paris en 1725 avec son père
cabaretier. Ses études s’en ressentirent et il ne put
jamais apprendre le latin, mais il sut corriger la faiblesse de son
éducation en lisant par lui-même les meilleurs auteurs.
Vers 1745 il se révèle au public avec des chansons,
fables et poésies galantes et grivoises, qui lui donnent une
certaine célébrité. Puis il s’essaye au
théâtre pour lequel il tente tout d’abord
d’écrire des pièces sérieuses. Ces
tentatives s’avérèrent vaines et il décide
alors de se tourner vers le théâtre comique, composant de
nombreux vaudevilles, parodies et opéras-comiques qui
rencontrent un vif succès.
D’un caractère bouillant et vif à l’esprit
railleur, il est néanmoins un observateur profond et attentif du
peuple, ce qui lui vaut d’être surtout connu pour
être le créateur du genre « poissard » (qui
utilise le langage du bas peuple). Bien que trivialité et
burlesque y abondent, ce style dépeint avant tout la nature
humaine sans fard ou imitation. Voltaire
le nommait « ce polisson de Vadé » et il est
vrai qu’il s’adonnait sans retenue aux plaisirs de la vie :
femmes, jeux, alcool, table…
Il a laissé une fille qui joua à la
Comédie-Française sous le nom de Mademoiselle Vadé
(1756 -1813).
*
Le troc
"Lucas, contente mes désirs ;
Allons,
C'est assez dormir :
Faut-il toujours te prévenir
Sur un plaisir
Que l'hymen fait sentir ?
Non, je ne puis m'en abstenir,
Rien ne peut me contenir;
D'un autre je vais l'obtenir, pour te punir."
Dans le moment Isabelle
Se lève et prend la chandelle ;
De son époux
Méprisant les dégoûts,
Se lève tout en courroux
Et s'en fut trouver Martin
Qui, dès le grand matin,
Etait au rendez-vous
Lucas, bien loin d'être chagrin,
Est charmé de son dessein
Et bénit cent fois le destin
D'être débarrassé de ce lutin.
Catin
L'attendait dans le jardin
Où, pour certain,
Son mari mettait Isabelle en train :
Mieux que dans les draps,
Chacun entre les bras
De l'objet de ses vœux
Goûtait le fruit de ses beaux feux ;
Mais à leur malheur
Succéda la frayeur ;
Car l'aurore parut,
Et chacun se reconnut
Isabelle, à petit bruit,
Trotte et s'enfuit :
Catin, d'un air nonchalant,
En fait autant.
Les maris, en même temps,
S'en furent cocus et contents.
in Œuvres
complètes : Œuvres de M. Vadé, ou Recueil des
opéra-comiques, parodies & pièces fugitives de cet
auteur ; avec les airs, rondes & vaudevilles (Ed. Pierre Gosse, La Haye, 1785)
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