POESIE EROTIQUE
et autres amusements
Jean-Nicolas Bouilly (1763 - 1842)
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Avocat au Parlement de Paris puis de Troyes, il se lia avec Mirabeau et fut assez opportuniste en politique : il fut libéral, puis royaliste, révolutionnaire, royaliste à nouveau… selon les changements de régime.

A la chute de Robespierre, il fit partie de la Commission de l'instruction publique et fut un des principaux organisateurs des écoles primaires. La nécessité d'apprendre l'orthographe à sa fille lui fit notamment imaginer, en manière de dictées, des Contes – dont les Contes à ma fille (1809) – qui firent son succès populaire.

C’est cependant dans la littérature dramatique, pièces de théâtre, comédies lyriques, livrets d'opéra-comique, qu’il fut reconnu aussi par ses pairs. Ainsi, c’est de sa Léonore ou l'amour conjugal que s'est inspiré Beethoven pour écrire la partition de Fidelio.

Ses écrits sont pour l’essentiel emprunts d’une morale pure, de tableaux gracieux ou touchants, et d’une sensibilité telle qu’on le surnomma, par dérision, le poète lacrymal… Il s’est parfois laissé aller à quelques chansons coquines.

Il publia en 1836 Mes récapitulations, qui sont les mémoires de sa vie.




La fiancée



- Ma fiancée, ô ma gentille Annette !
Bientôt l'hymen comblera tous nos vœux.
Huit jours encore !... à chaque instant j'répète :
Qu'il tarde à v'nir le moment d'être heureux !

- Tout ainsi qu'vous, ami Charles, j'désire
L'instant qui doit à jamais nous unir.
Le jour, la nuit, chaqu'fois que je respire,
Comm' vous j'répète :
Ah ! qu'ça tarde à venir !

- Oui, nous ferons le plus joli ménage :
Tout nous promet d'embellir notr' destin.
En attendant, d'amour il m'faut un gage :
Laiss'moi cueillir quelqu' fleurs de ton jardin.

- Bien volontiers ! Choisissez les plus belles,
Celles dont l'parfum vous semblera l'plus doux.
- Je n'veux cueillir que deux roses nouvelles.
- Oh ! si c'n'est qu'ça, Charles, contentez-vous.

Eh quoi ! votr' main soulève ma col'rette!
- C'est pour cueillir les boutons de ton sein.
- Charles, écoutez : je n' suis prud' ni coquette ;
Mais je n' saurais permettre un tel larcin.

- A mon bonheur ainsi donc tu t'opposes ?
Moi qui t'aim' tant ! Annette, c' n'est pas bien.
- Si j' vous laissais cueillir ainsi mes roses,
L'jour d'not' mariage, il ne m'rest'rait plus rien.


*


Filles, suivez l'exemple utile et sage
Qu'la fiancée ici vient vous offrir.
Si vous voulez du bonheur en ménage
A vos amants, n'laissez pas tout cueillir.





in Choix de Chansons Galantes d'Autrefois - par Paul Marion (Ed. H. Daragon, 1911)




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