Ailées cueilleuses de miel, pourquoi donc est-ce toujours le thym blanc et les roses,
Et la rosée de nectar de la violette vernale
Que vous butinez, ou la fleur de l'aneth qui répand au loin ses effluves ?
Venez toutes vers les lèvres de ma maîtresse.
Elles sentent toutes les roses et tout le thym à elles seules,
et le suc de nectar de la violette vernale.
D'elles se répandent au loin les doux effluves de l'aneth.
Elles sont mouillées des vraies larmes de Narcisse,
Elles sont mouillées du sang parfumé du jeune OEbalien,
Tels qu'étaient en tombant et ce sang et ces larmes, lorsque,
Tout confondus d'éthéré nectar et d'air pur,
Ils couvrirent le sol de pousses bigarrées.
Mais, comme j'ai le droit de goûter à ces lèvres de miel,
ne soyez pas assez ingrates pour me priver de ma part de rayons.
Ne soyez pas non plus assez avides pour en gonfler vos ruches à l'excès
Il ne faut pas tarir d'un seul coup la bouche de ma maîtresse.
Car en pressant de baisers altérés des lèvres sèches,
le bavard que je suis paierait cher son indiscrétion.
Hélas ! ne piquez pas non plus de vos dards sa tendre lèvre :
Elle décoche de ses yeux des dards pareils aux vôtres.
Croyez-m'en, elle ne souffrira point de blessure sans la venger.
Puissiez-vous, abeilles, cueillir doucement votre miel, sans lui faire aucun mal.
Traduction de Maurice Rat
(Ed. Classique Garnier Paris - 1938)