En effet, ces argots
homosexuels n'offrent aucune différence apparente avec le
français
ordinaire : ils consistent à n'employer dans un double sens que
des termes ayant un
sens propre anodin.
Le
jobelin est un
argot né en picardie à la fin du
13è siècle. C'est le jargon des Sots (et des
Fols) qui écrivaient et jouaient, au théâtre
normand, ce qu'on appelait des
Sotties. Il est parfois
aussi
appellé "argot des
coquillards",
en référence
à la
Coquille, bande
de malfrats qui pratiquaient la prostitution masculine, et
également à
Guillaume
Coquillart.
Ce langage fut transposé en poésie dans
une liberté encore plus descriptive, mais aussi plus
travaillée car s'adressant avant tout aux lettrés. On y
retrouve notamment :
Henri Baude,
Jehan Molinet,
Mellin de ST Gelais,
Rabelais...
Deux règles entourent le plus souvent les jeux homsexuels
ainsi décrits : il est défendu de sodomiser un homme en
érection - et, tout en se protégeant lui-même, le
joueur doit tenter de faire jouir buccalement son adversaire afin de le
sodomiser ensuite.
Ces deux règles se retrouvent
particulièrement chez
François
Villon,
où ses
Ballades
sont parcourues par la hantise de
sodomiser mais ne pas l'être...
Cependant l'argot de Villon n'est pas tout à fait celui du
jobelin, il est aussi apparenté au "
brief langaige" (bref
langage) dont usaient à l'époque les prostitués
pour tromper la police.
Pour approfondir
l'étude de l'argot homosexuel et de ses auteurs,
se reporter aux ouvrages de Thierry Martin :
Poésie homosexuelle en jobelin, de
Charles d'Orléans à Rabelais, édition
bilingue aux Éditions Question De Genre /
GKC de Montpellier (2007) ; et
chez Mille et une nuits les
Ballades
en argot homosexuel de Villon. A noter que Thierry Martin a
aussi publié chez Question De Genre
Trois Études sur la
sexualité médiévale et une traduction
des
Épigrammes
pédérastiques de
Martial
On signalera également l'ouvrage d'
Ida Nelson :
La Sottie sans souci, essai
d'interprétation homosexuelle (Ed. Champion, 1977)