POESIE EROTIQUE
et autres amusements
Julien Noël - Au verger
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Au verger




Les mauvaises gens forment une confrérie qui est dirigée par une sorcière.    
Celle-ci a la jarretière comme marque de sa dignité.    
-    
Jules Lemoine, La Tradition (1892)    


Et Naluna dansait. Sa danse était un tourbillon de feu, de vent, de passion et de toutes les forces élémentaires.    
[...] Sa danse étourdissait, exaltait, rendait fou et hypnotisait.    
-  
Robert E. Howard, La Voix d'El-Lil (1930)    



Sous le pommier fleuri,
J'ai vu la sorcière
Danser sans ses habits
Des pas pleins de mystère.

Cet arbre aurait rougi,
De voir ses seins, ses hanches,
S'il avait eu des fruits
Pendus, verts, sous ses branches...

Et la voyant ainsi,
Il y a cent années,
De plus faibles esprits
L'auraient déifiée.

Mais notre siècle est tel
Qu'elle m'apparaît être
Le plus beau des mortels
Que le ciel a vu naître.

Tant est, pour mon malheur,
Séduisante la garce :
Je l'aime ; elle est sans cœur,
Me fait toujours des farces.

-:-

La voilà qui me voit
Et rit de mes envies ;
S'alanguissant pour moi,
Elle se fait harpie.

Décuplant ses poisons,
Le soleil qui se couche
Se prend dans sa toison,
Peint d'or sa peau, sa bouche.

Durant quelques instants,
En un dernier fait d'armes,
L'après-midi mourant
La dote de ses charmes...

Par malheur, bien souvent,
Font montre les sorcières
D'un esprit fort changeant,
De pulsions passagères.

Lasse de provoquer,
Celle-ci met sa gaine,
Riant car elle sait
Où mes yeux envieux traînent...

-:-

Jupons et chemisier
Vont faire ensuite obstacle
À mon rêve éveillé,
Qui tourne à la débâcle.

Cette enfant du démon
Doit être une vampire
Pour ainsi, sans raison,
Me tourmenter et rire...

Sauf qu'au lieu de mon sang,
Elle pompe autre chose :
Mon amour impuissant,
Les fantasmes que j'ose.

Car, quand ne reste plus
Que son parfum de fille
Flottant sur le pré dru,
Épuisé, je vacille.

Et lorsque je m'assieds
Là où, comme à la fête,
Sautillèrent ses pieds,
Elle rit dans ma tête !

-:-

Levant soudain les yeux,
Je vis à une branche,
Pendue par un nœud,
Sa jarretière blanche.

L'on m'a confié souvent
Que ce bel accessoire
Qui se balance au vent
Sert à la science noire ;

Est-ce donc un cadeau
Pour l'arbre ou pour le diable
Qui y vivrait au chaud ?
— Il en serait capable !

Ou serait-ce une erreur,
Qu'étant toute occupée
À moquer son voyeur,
Elle l'ait oubliée ?

Curieux, j'ai attrapé
Ce bout de lingerie ;
J'y viens enfouir mon nez :
Il sent bon la magie.



© Julien Noël

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