Si petit et si grand!
C’est ici que tu es à ton aise, homme enfin digne de ton nom,
c’est ici que tu te retrouves à l’échelle de tes
désirs. Ce lieu, ne crains pas d’en approcher ta figure, et
déjà ta langue, la bavarde, ne tient plus en place, ce
lieu de délice et d’ombre, ce patio d’ardeur, dans ses limites
nacrées, la belle image du pessimisme. Ô fente, fente
humide et douce, cher abîme vertigineux.
C'est dans ce sillage
humain que les navires enfin perdus, leur machinerie désormais
inutilisable, revenant à l'enfance des voyages, dressent
à un mât de fortune la voilure du désespoir. Entre
les poils frisés comme la chair est belle sous cette broderie
bien partagée par la hache amoureuse, amoureusement la peau
apparaît pure, écumeuse, lactée. Et les plis joints
d'abord des grandes lèvres bâillent. Charmantes
lèvres, votre bouche est pareille à celle d'un visage qui
se penche sur un dormeur, non pas transverse et parallèle à toutes les bouches du monde,
mais fine et longue, et cruciale aux lèvres parleuses qui la
tentent dans leur silence, prête à un long baiser
ponctuel, lèvres adorables qui avez su donner aux baisers un
sens nouveau et terrible, un sens à jamais perverti.
Que j'aime voir un con
rebondir.
Comme il se tend vers nos yeux, comme il bombe, attirant et
gonflé, avec sa chevelure d’où sort, pareil aux trois
déesses nues au-dessus des arbres du Mont Ida, l’éclat
incomparable du ventre et des deux cuisses. Touchez mais touchez donc
vous ne sauriez faire un meilleur emploi de vos mains. Touchez ce
sourire voluptueux, dessinez de vos doigts l’hiatus ravissant.
Là que vos deux paumes immobiles, vos phalanges éprises
à cette courbe avancée se joignent vers le point le plus
dur, le meilleur, qui soulève l’ogive sainte à son
sommet, ô mon église.
Ne bougez plus, restez,
et maintenant avec deux pouces caresseurs, profitez de la bonne
volonté de cette enfant lassée, enfoncez, avec vos deux
pouces caresseurs écartez doucement, plus doucement, les belles
lèvres, avec vos deux pouces caresseurs, vos deux pouces. Et
maintenant, salut à toi, palais rose, écrin pâle,
alcôve un peu défaite par la joie grave de l’amour,
vulve dans son ampleur à l’instant apparue. Sous le satin
griffé de l’aurore, la couleur de
l’été quand on ferme les yeux.
Ce n’est pas pour rien, ni hasard ni préméditation,
mais par ce BONHEUR d’expression qui est pareil à la
jouissance, à la chute, à l’abolition de
l’être au milieu du foutre lâché, que ces
petites soeurs des grandes lèvres ont reçu comme une
bénédiction céleste le nom de nymphes qui leur va
comme un gant. Nymphes au bord des vasques, au coeur des eaux
jaillissantes, nymphes dont l’incarnat se joue à la
margelle d’ombre, plus variables que le vent, à peine une
ondulation gracieuse chez Irène, et chez mille autres mille
effets découpés, déchirés, dentelles de
l’amour, nymphes qui vous joignez sur un noeud de plaisir, et
c’est le bouton adorable qui frémit du regard qui se pose
sur lui, le bouton que j’effleure à peine que tout change.
Et le ciel devient pur, et le corps est plus blanc. Manions-le, cet
avertisseur d’incendie.
Déjà une
fine sueur perle la chair à l’horizon de mes
désirs. Déjà les caravanes du spasme apparaissent
dans le lointain des sables. Ils ont marché, ces voyageurs,
portant la poudre en poire, et les pacotilles dans des caisses aux
clous rouillés, depuis les villes des terrasses et les longs
chemins d’eaux qu’endiguent les docks noirs. Ils ont
dépassé les montagnes. Les voici dans leurs manteaux
rayés. Voyageurs, voyageurs, votre douce fatigue est pareille
à la nuit. Les chameaux les suivent, porteurs de denrées.
Le guide agite son bâton, et le simoun se lève de terre,
Irène se souvient soudain de l’ouragan. Le mirage
apparaît, et ses belles fontaines... Le mirage est assis tout nu
dans le vent pur. Beau mirage membré comme un marteau-pilon.
Beau mirage de l’homme entrant dans la moniche. Beau mirage de
source et de fruits lourds fondant. Voici les voyageurs fous à
frotter leurs lèvres. Irène est comme une arche au-dessus
de la mer. Je n’ai pas bu depuis cent jours, et les soupirs me
désaltèrent. Han, han. Ire appelle son amant. Son amant
qui bande à distance. Han, han. Irène agonise et se tord.
Il bande comme un dieu au-dessus de l’abîme. Elle bouge, il
la fuit, elle bouge et se tend. Han. L’oasis se penche avec ses
hautes palmes. Voyageurs vos burnous tournent dans les sablons.
Irène à se briser halète. Il la contemple. Le con
est embué par l’attente du vit. Sur le chott illusoire,
une ombre de gazelle...
Enfer, que tes damnés se branlent, Irène a déchargé.