Après avoir obtenu
une chaire de littérature à la Sorbonne, Marie-Jeanne
Durry pris la direction de l'Ecole Normale de jeunes filles. Elle a
publié des études sur Nerval,
Baudelaire,
Apollinaire, Marivaux, Flaubert... et correspondu notamment avec Nathalie Clifford Barney qui fut l'amante de
Renée Vivien et de
Lucie Delarue-Mardrus
Dans sa poésie,
Marie-Jeanne Durry cherche principalement à résoudre des
questions philosophiques dans la musique des vers.
Du jardin qui respire et bouge se répand
A travers une chambre ouverte au bruit des feuilles.
Je regarde, immobile à ton côté, le pan
De ciel tremblant de reflets qui m'accueillent.
Avant de t'enfoncer dans tes regards clos,
Dans le pays où tu n'as plus que ton silence
Et de franchir, sous le masque las du repos,
La grande eau de la nuit qu'on passe dans l'absence,
Tu as noué ton bras à mon bras, comme si
Je pouvais t'escorter jusque dans l'autre monde,
Déchirante douceur à mon bras ! Me voici
Liée à ton absence ! Amour, la nuit est ronde !
... Je te refais ! j'épie : elle viendra la nuit
Où tu dormiras seul sans qu'obscure je veille
Tout au long de ton corps, elle viendra la nuit
Où je dormirais seule et sans la patiente
Chaleur de ce bras nu qui s'emmêle à mon bras,
Dans la dernière solitude, quelle entente
Pourrait encore hélas ! lorsque tu dormiras,
Lorsque je dormirais, nous rejoindre, effacés
L'un dans l'autre.
in Effacé (Ed. Seghers, 1954)