POESIE EROTIQUE
et autres amusements
Marie-Laure Dagoit - Le Rose aux joues (extrait IV)
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- page 79 -
(...)

J’appelle le premier homme
autour de mon lit
avec son parfum léger
d’eau de Cologne citronnée.
Il y aura aussi
quand je le désirerai
l’odeur du lait de beauté
« Les capiteuses »

Sur tes paumes ?

*
- page 80 -
Sur mes lèvres – échaudées –
givrées de sperme
Le Rouge de la Reine
parfumé et abondant.

Sous ma robe
une culotte mouillée
les hommes y mettent un doigt (ou deux)
parfois tous ensemble
et pour finir – la bite rougie.

Ils crachent dans mes cheveux
sur mes lèvres/dans ma bouche.

*
- page 81 -
(Mes yeux brillaient de fièvre
j’avais les pommettes rosées
et je respirais péniblement.)

Rose.
Rose.
Rose.

*
(...)

- page 91 -
Mïrka faisait tout.
La cuisine et le modèle.
Se levait au jour
se couchait tard.

Elle préparait les goûters
à toutes les filles pendant les séances.
Et défendait comme une chienne fidèle
les lingeries que Gilles lui avaient offertes.

Pleine d’une confiance aveugle en lui
elle savait se plier sans aucun murmure
à ses fantaisies les plus bizarres.

*
- page 92 -
Mïrka devait être majorette ?
Qu’à cela ne tienne !
MÏrka était majorette !

*
- page 93 -
(Une jupe blanche
des cils fardés de noir
un envol élégant
un long cou
des lèvres rouges
un appareil dentaire
des jambes fines
des joues roses
des yeux scintillants
la culotte en coton
le collant chair
la botte en simili
le cheveu raide.)

Cinq ou six pas de course précipitée
puis un claquement sec du talon gauche
pour donner l’élan au pied droit –
Elle file comme une flèche.

Quelle aisance ! Quelle grâce, même !

*
- page 94 -
Tantôt les bottes jointes au garde à vous
tantôt accroupies faisant « l’américaine ».
Des yeux tout flambants jeunes
presque enfantins
le bout d’un petit nez rose
puis plus rien
rien

rien
tout le reste perdu dans les mèches
d’une fausse crinière blonde
soyeuse, propre, chaude.
Exquise à frôler/à embrasser…

*
- page 95 -
Sur les oreilles, un képi bien blanc
posé tout droit
une courte pèlerine rouge
jetée sur les épaules
et enfin un bâton de métal lourd
en panache superbe
agité d’un perpétuel mouvement
de chasse-mouches.
Gilles presque nu la fait
bouger

bouger
et la transforme en or.

*
- page 96 -
Rien qu’un déguisement
un peu de maquillage
une nouvelle attitude
et on dirait que Mïrka
a fait la majorette toute sa vie.

Gilles travaille en chantant –
se trouve séparé du reste du monde.
Il descend de l’escabeau
pour voir de près les galons.
Il examine aussi le collant chair
avec une lampe et un canif
soulève en deux ou trois endroits
la jupe qui cache la culotte.

(...)

- page 107 -

Il est à peine minuit.
Nous goûtions un plaisir sans mélange/
extrait de jasmin/nos dents d’ivoire toutes petites
les baisers onctueux et salés.

Les lèvres les joues les ongles.
Les cils étirent nos yeux avec du khôl/
ruissellent de larmes/de mascara.
Les très déliés sourcils.
La peau les dents les mains.

Le rose aux joues arrive.
Le rose aux joues est là.

Manteaux fourrés de gris
vanité/matador et tubéreuses
chapeaux beaux profits/
Et d’argent maintes espinglettes

– À l’heure de l’observatoire…

*
- page 108 -
Draps de soie et tapis
draps d’or et blanc
Candide et bis
cuir lustré/manière noire
et appareils
photographiques.

La bouche ouverte
les mains derrière le dos/
La Vedra à la bouche.

– Je veux que les hommes
ne perdent pas un seul de mes sourires.

*


- page 105 -
(...)
Quand je jette un regard en arrière
sur ce temps-là
c’est comme si j’ouvrais un livre d’images
ou mieux encore
c’est comme ci
le rose me montait aux joues.

*


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