Bacchanale
Yeux cernés et tignasse teinte,
Ivre de chartreuse et d'absinthe,
La pierreuse rit sans raison.
Elle branle, hoquette et titube,
Ainsi qu'un horrible succube,
En son ultime pâmoison.
Assise au milieu des bouteilles,
Cheveux défaits sur les oreilles,
Elle écarte son pantalon
Et fait voir avec insistance
Le bas de son ventre en démence,
Aussi chevelu qu'Absalon.
*
Sur son sexe sans auréole
Qui voit l'immonde farandole
Des Phallus dressés vers le ciel,
Elle met, d'un geste cynique,
Ses deux mains en cornet lubrique
Pour recevoir
Pantagruel.
Elle aimerait qu'un acrobate,
Aux fesses ceintes d'écarlate,
Râblé comme un orang-outang,
La prît dans la pose incongrue,
Qu'imagine souvent la grue,
En ses rêves exorbitants.
Mais non ! C'est l'alcool qui l'attire.
Il faut mouiller sa tire-lire,
Tremper de mousse ses deux seins.
Alors dans un râle sordide,
Elle s'effondrera, stupide,
Les bras en croix sur les coussins.
Car cette nuit, elle est trop saoule
Et son désir a la cagoule
Que l'ivresse a mis sur ses nerfs,
Et l'on devrait coudre sa fente,
Dont l'ellipse rouge et béante
Sourit à présent de travers.
*
personnage de la Bible qui assassina son frère aîné
et fut arrêté dans sa fuite par les branches d'un arbre
dans lequel s'accrochèrent ses longs cheveux.
in Luxures (Ed. du Loup - 1928)