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Maurice Magre - La prière du soir
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La prière du soir



Je regardais prier la jeune fille en deuil
Debout, et ses deux mains s'appuyant à la chaise.
Les piliers jaillissaient au ciel avec orgueil,
Les vitraux éclataient de bijoux et de braises.

On sentait la ferveur ardente de l'esprit
Dans l'élan de son corps et la pudeur des voiles,
Les chaires s'éployaient dans le choeur assombri
Où se cristallisaient les lampes en étoiles.

Et soudain sur l'autel un visage apparut,
Fendant le tabernacle  en forme de losange,
Et je connus, à voir ses yeux mats et fendus,
Que c'était là Satan, le plus triste des anges.

La chapelle s'emplit d'étranges Chérubins,
Un pli pervers au coin de leurs bouches trop roses,
Hors du vieux bénitier, comme l'on sort d'un bain
Un démon noir et nu jaillit, tenant des roses. ,

La jeune fille ouvrait ses bras en frémissant.
Des confessionnaux, des chàsses polychromes,
Des êtres surgissaient, bronzés et languissants,
Luxueusement sortaient des formes d'hommes:,

Et quelques-uns avaient des babouches d'argent,
Des turbans verts et des colliers talismaniques.
Les démons se changeaient en Iblis d'Orient,
Des bruits de tambourins berçaient la basilique.

Puis marchèrent, légers, à travers les arceaux,
Des jeunes gens frisés, sous des tuniques grecques.
Les Éros remplaçaient les anges des vitraux,
Adonis se leva du tombeau des évêques.

Des bacchantes, les seins de leurs doigts lacérés,
Trouaient de blanc l'air que l'encens faisait opaque
Et couraient çà et là, ivres de vin sacré,
Comme aux soirs fastueux des fêtes dionysiaques...

Des Osiris, moitié hommes, moitié taureaux,
Sur les dalles jetaient les Aphrodite blondes,
De lunaires Tanit couvertes de joyau;
Recevaient des Baal, les étreintes profondes.

Des Thamuz poursuivaient de fuyantes Ishtar;
Sabaoth déployait son ventre de ténèbres.
Sous les ciboires d'or et les cierges blafards
Teutatès et Mithra confondaient leurs vertèbres.

Puis ce fut un fourmillement plein de fureur,
De vagues dieux grossiers des temps cosmogonique
D'une animalité sans forme et sans couleur,
De signes primitifs, de pierres priapiques

Et les verrières en flambant firent pleuvoir.
Des étoiles et des soleils d'Apocalypse,
Et sous les voûtes ruisselantes, je crus voir
La jeune fille nue en des clartés d'éclipse...

Les bouches la buvaient et les bras la pressaient,
Vers son corps déferlaient des fleuves de caresses,
Des océans d'amour entre ,ses seins passaient,
Elle était tous les dieux et toutes les déesses...

Plus rien. Un angelus d'une tour a glissé
La basilique en feu s'eteint comme une torche
La jeune fille en deuil s'en va, les yeux baissés,
Et son voile noir m'effleure sous le porche…





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