165. - Je te demande une
grâce, ô nuit, mère de tous les dieux, nuit
qui m'est chère, une seule grâce, nuit auguste et
sacrée, compagne des orgies amoureuses, si quelque rival
sous la couverture d'Héliodora se réchauffe
à ces charmes qui éloignent le sommeil, que la
lampe s'éteigne, et que dans les bras de son amante il
s'endorme d'un profond sommeil comme un autre Endymion.
166. -
0 nuit, ô amour d'Héliodora qui me tiens
éveillé, ô morsures accompagnées
de larmes que l'odieux matin provoque, lui reste-t-il des
souvenirs de ma tendresse, et mes baisers reviennent-ils à
sa mémoire, réchauffent-ils sa froide imagination ?
Dort-elle avec mes larmes ? Aime-t-elle à prolonger un
rêve qui lui rappelle mon image ? Ou bien
s'abandonne-t-elle à un nouvel amour, à de nouveaux
ébats ? O lampe, n'éclaire jamais de telles
perfidies, veille bien sur celle que je t'ai confiée.
173. - Étoile
du matin, cruelle aux amants, pourquoi tournes-tu si lentement
autour du monde, maintenant qu'un autre se réchauffe sous
la couverture de Démo ? Ah ! lorsque je tenais dans mes
bras cette belle à la taille élancée, tu
m'arrivais bien vite, comme pour me frapper d'une lumière
qui riait de mes maux.
175. - Je sais que
tu trahis ma foi : tes cheveux, tout humides encore de parfums,
dénoncent ta vie dissolue ; tes yeux, appesantis par la
fatigue, montrent bien que tu as passé la nuit ; cette
couronne qui te serre le front prouve que tu sors d'un festin ;
tes cheveux en désordre portent les traces de mains
amoureuses, et tous tes membres chancellent sous les
vapeurs du vin. Va-t'en, femme au coeur banal ; le luth de
l'orgie t'appelle; entends-tu le bruit des castagnettes
lascives ?
195. - Les trois
Grâces ont accordé à la jeune épouse
Zénophile un triple don, un triple gage de beauté ;
l'une sur son teint a mis le désir, l'autre le charme dans
sa tournure, la troisième a mis dans sa bouche les doux
propos. Trois fois heureuse, celle dont Vénus a
préparé la couche, dont la Persuasion dicte le langage,
et dont l'Amour a dessiné les traits.
in Livre V de
l'Anthologie Palatine - traduction
de Philippe
Renault, poète et traducteur.